Une vie d'ébauches

Histoire de voir où contes de vies ravagées et drame d'amours ravageurs peuvent mener.

03 juin 2008

Evelyne.

Sur le voilier. Tu avais les cheveux salés sans eau à perler. Dans tes yeux dorés le reflet roux, les étés miroitants et brûlants.

Pourquoi du sable sur le pont, après tout pourquoi pas, que tu faisais couler sur mon ventre. Et quand je te disais d’arrêter tu le jetais par poignées. Me basculais sur le pont sableux.

Les voiles se sont effeuillées dans la brise, et toi tu répètes combien tu es fou. Près à partir ailleurs si c’est loin. Au loin mais moins que notre ailleurs, on entend comme des rires trop aigus. L’éclair de ton sourire, l’éclat de la lame que tu fais miroiter sur ma peau. Tu la tiens entre ton sourire et mes yeux plissés par la lumière incisive. Je m’aveugle à chercher où se perd ton regard. Quand il vacille sous le poids de quelque souvenir cruel, tu relâches ton emprise et je me dégage de ton corps qui pèse sur le mien, écarte ta main et la lame.

Mais tu me rattrapes prestement.

J'ai souvent été réveillée par cette image : je suis face au visage de l'aimé (je ne sais pas qui il est) qui implore quelque chose (que je ne comprends pas). Son visage se tort, se convulse de rictus douloureux, comme si chaque trait allait fondre en lambeaux dans l'instant. Il se retourne alors, lentement. Un couteau apparaît dans ma main et des moisissures sur la peau de son dos nu. Et comme chaque nuit je racle les moisissures et ne l'entends plus gémir, juste le crissement de la lame sur sa peau.

J’ai l’impression que ça a duré toujours, cette lame entre ton sourire et mes yeux, glissée le long de mon cou, qui frôle ma poitrine et griffe mon ventre, quand roulent les grains de sable égarés. Ca a duré toujours et le geste mourait sur mes cuisses et s’estompait chaque fois que tu me tendais le couteau sans que je puisse m’en saisir. Pas un nuage aujourd'hui pour envelopper en gris et bleu ce geste précis, la lame inclinée, la peau ambrée qui ne doit surtout pas frémir. La lame esquisse des figures imprécises, esquive des obstacles imaginaires, je ne sais plus si elle déchire l'air brûlant ou ma peau. .

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DF2

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Bientôt j’en ai assez et saute. Du voilier, je saute. Je me laisse couler et toi tu maintiens ma tête pour que je ne puisse remonter. Tu m’as donc déjà rejoins, si vite, sans que je t’entende te glisser dans l’eau. Il y a la coque, lisse et blanche, à peine flouée par les courants, je cueille les algues à présent que je ne songe à rien d’autre. Tes poings ne pèsent plus sur mon crâne, je ne résisterai pas et tu t’en inquiètes, m’extirpe d’un courant, il est vrai, un peu froid. D’abord je ne distingue pas ton visage, la lumière est trop vive, tes cheveux sont à peine mouillés, mèche après mèche tu sèches les miens. Tu répètes que tu es fou et cette fois le ton est un peu triste. J’entends comme si tu m’appelais à te rassurer. Mèche après mèche, tu crois sécher mes cheveux avec tes doigts, mais aussitôt ils retombent dans l’eau. Je ne veux pas remonter à bord, je devine le couteau resté sur le pont, je préfère que le sel brûle ma peau et le soleil tes cheveux. Je regarde l’étrange ballet des mèches éparses qui ondulent en surface de l’eau, retenues par tes mains quand elles et moi pourrions sombrer. Tu murmures qu'il faut que je te regarde, je t’étouffe d’une gerbe d’eau. Je n’ai jamais pu regarder que toi. Il n’y a que sous l’eau que tu ne me suivras pas. Et c’est là que je me sens portée. S’il te plait, je dis, tu peux plonger aussi. Tes doigts font mine d’agripper ma taille pour que l’on glisse enfin. Mais je voix tes cheveux se rapprocher de l’eau à peine ridée et crie : Non, attention, pas tes cheveux, pas ton visage. Tu soupires que tu ne l’aurais pas fait, je le sais, j’ai froid mais aucune envie de remonter. Tes doigts ont sans doute effleuré là où est passée la lame, je frissonne, pourquoi les choses s’esquissent-elles à peine à la pointe d’un couteau quand on les voudrait grandes, claires et précises ?

Tes mains se referment sur ma nuque et tu fais mine de me couler de nouveau, souries de ne plus me voir aspirer un maximum d’air…avant. Quand tes bras se referment sur moi, je me sens absoute de fautes que je n’ai pas commises, légère d’une nouvelle vie. Quand tu dis que j’ai le droit de pleurer si c’est un peu, je ris parce que j’ai déjà oublié les raisons qui pourraient m’y amener, à pleurer.

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Ecrit entre 14h52 et 15h29 le mardi 3 juin 2008.

Posté par croquetoiles à 16:46 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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