20 octobre 2008
Karel et Daphné.
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Ocellés de la lumière pâle du matin à percer la fenêtre nous serons Karel et Daphné. Les draps froissés rabattus sur nos teints chiffonnés de la nuit. J’aurai enfin veillé ton sommeil comme jamais ces dernières semaines. Et tu seras d’une belle journée le plus heureux présage. Cette fois Paris. Un jour New-York. Nous aurons vue sur Montmartre. Dans tes bras je m’éveillerai à la vie. La vie telle que je l’aime avec toi. Ces phrases si simples et évidentes. Cette naïveté bénie. Puisque jamais nous n’auront été tellement Karel et tellement Daphné. Les divinités de mon imaginaire qui s’incarnent en nous seuls. Nous nous promènerons longtemps. Nous retrouverons la fatigue d’autrefois qui porte plus loin les mots et délie les gestes. D’autrefois quand je ne parle que de l’été. Nous avons connu le temps des baies congelées les contrastes déchirants les turbulences discordantes. Nous avons survécu au temps des fraises fades. Mais nous avons surtout porté le temps des fruits gorgés de soleil à son comble. Voilà que le temps des figues fraîches et charnues nous sépare. Si loin et peut-être proches comme jamais. Je suis comme celles que la douleur écharpe et peut alors concaténer les mots les plus aiguisés. Dépourvue des charmes de la langue face à la simple beauté obsédante de cet amour qu’elle couve comme le seul épanouissement possible. Désarmée mais sans crainte de se blesser quand tout prend la rondeur d’un monde que seul nous connaissons. Quand chaque mot très simple soulage d’un ressenti stupéfiant qui immédiatement demande à se révéler à l’autre. Quand il suffit d’articuler deux syllabes pour que le murmure se transfigure en expression de l’extase. Cette fureur d’aimer mais souplesse à le dire peu pour le faire beaucoup. Tu ne m’as pas laissé te remercier assez d’avoir été là. D’avoir été le seul à comprendre l’avant et à faire l’après. Tu es ma chance. Nous sommes notre passé dépassé. Nous sommes le présent dans l’urgence des retrouvailles. Nous sommes la promesse de la sérénité la plus entreprenante qui soit. Puisque nous ne nous sommes jamais contentés de ce que nous étions et cherchons enfin dans la même direction. Croyance intuitive et quand sentir fait savoir l’ampleur de ce sortilège qui nous lie. Merci d’être ma chance.
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Note : Je dédie ce texte à Y.B.
15 octobre 2008
Der blaue Reiter.
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Seul projet du moment : un road-trip en Suède et des festivités à Stockholm. Vivement. Pourvu que… Même si je dois jouer les Kerviel pour payer mon billet, je veux voir la Laponie, faire la fête sous la neige, assister à une aurore boréale, chasser le caribou, me nourrir de saumon, que sais-je. Les garçons ont leur billet, il faut que j’en sois. Partir à l'arrache et débarquer en terre inconnue cet hiver.
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J’ai fait un rêve marrant. J’étais à l’Ens dans un forum romain. Assise auprès de mon prof de philo et son immonde veste à carreaux, il avait la main sur ma cuisse. On dînait de muffins au sésame dans un amphi (celui de mon ancien lycée), ensuite. Il y avait des bougies partout et un copain de classe avec qui je parlais du prof de philo. Il nous guettais du coin de l’œil en sans toucher aux muffins. Je pense que j’ai été perturbée, il y a peu, d’avaler ma pizza « Bouddha » (nom qui l’a fait disserté un moment) pendant que lui se contentait de demis. D’un coup, tout prenait feu. Et je me sentais responsable. Tout le monde déguerpissais sauf moi qui tentais d’éteindre le feu avec des torchons sales. Vraiment crades, d’ailleurs, les torchons. J’y parvenais. La directrice de l’ENS (et non pas un directeur comme de facto, d’ailleurs plutôt gonflant, pardon si vous tapez votre titre honorifique sur Google et découvrez ceci) débarquait sous la forme de ma prof d’Allemand psychorigide (mêmes excuses). Elle me reprochait d’avoir éteint l’incendie (et je pensais dans mon rêve que sans doute elle eut voulu se taper un pompier réquisitionné) et je rétorquais : « Aucun sens pratique, ces littéraires ! ». Là je pense que c’est à force d’entendre l’aimé dire ça que je me conditionne pour avoir ce genre de répartie mémorable.
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Il faut vraiment que je parte en Suède. Ce n’est pas une lubie, c’est vital pour ma santé mentale. Vivement les soirées de la fin de semaine, que l’éveil se prolonge autrement que par l’ingestion de cafés forts. Vivement surtout que l’aimé revienne.
Où on voit que je ne pousse pas la pose jusqu’à me faire passée pour une alcoolique stakhanoviste. Non je ne taperai pas dans ma « cave » d’alcool (en l’occurrence un fond de rhum et une belle bouteille de Riesling). Quoique la perspective de quelques shooters n’est pas pour me déplaire. A jouer les niaises avec les copines et taquiner les garçons. Surtout celui qui fait mine de ne pas trop boire parce qu’il se remettra aux maths à l’aube. Le mythe de la classe « étoile ». Moi je veux croquer les étoiles.
Au poignet une étoile noire. Vernis framboise qui s’écaille. Café qui refroidit. Cendrier puant. Classeur d’Histoire repoussant. Louis Napoléon infréquentable. Nervosité et ventre lourd d’une digestion pénible des glucides avalés en grande quantité pour « tenir bon la rampe » (quoi, quel mythe gaucho ? Aujourd’hui la semaine du goût m’a fait rester à la cantoche. Ou plutôt le mensonge d’une amie qui chaque jour m’annonce des frites pour que je reste, cette patate que je suis à la croire... Bref. On a commencé par parler d’une copine pseudo-socialiste radicale qui vit en totale contradiction d’avec ses principes selon une amie qui la tient pour trop coquette, tu parles d’une contradiction. Enfin bref, ça m’a fait regretter le temps où je pouvais écouter Mermet chaque jour. ).
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Passer au théâtre échanger une contre-marque contre une place pour Shakespeare. Ne plus penser à cette journée passée à multiplier les analyses littéraires. Plus d’inventaire comme suit : Larkin-Larkin-Larkin-Marvel-Nerval. A ne parler que de la mort du Moi, de Dieu, de tout et de rien. Même interprétation PLAQUEE sur tout et rien, à en pleurer de bêtise. J’ai fulminé, ai grincé, jusqu’à me faire cataloguer d’ « ambassadrice du cynisme décapant ». Ne pas penser aux cinq heures d’Histoire demain. J’ai besoin d’un joint. Attendons vendredi. Non, repenser aux autorités psy et leur prévention stupide. Ou ne pas (y repenser). Marre de penser. Longue décervelisation du cerveau. Fluos qui ne fluottent plus. L’empereur des maçons et des paysans me gonfle prodigieusement. Plus spectaculairement que n’importe quel « Code Rubicon ». Foutue, bizue, foutue. Je suis. Non pas. Décervellisation. Deux l. Sans aile. Fi de la prédiction : « à force de manger du poulet… ». Ellipse salutaire. Rendez-moi les anti-anxiolytiques. Dépassée, urgentifiée, j’en ai assez d’être vêtue, d’avoir des cheveux, des dents, des nerfs. Jambes qui tressautent, circulation sanguine dont je sens le flux à force d’être assise à mon bureau. Amputer. Oter ce vernis. Framboise. Manger des graines. Je deviens gallinacé. Mais toujours pas d’ailes. Problématique pour qui veut choper les étoiles.
12 octobre 2008
Mangeur d'hommes.
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Je suis un cliché sur pattes.
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Train attendu une cigarette à la main, ma maison à bout de bras. Des matelas pneumatiques parce que nous seront bientôt cinq à dormir chez moi, des bocaux Marks&Spencer de ratatouille, des chemisiers blancs, des graines de lin si riches en oméga trois. Une fois grimpée, maison calée, place trouvée en face d’un jeune homme à grosses Ray Ban et i-pod vibrant d’électro.
Je monte le son, Beirut.
Parce que je suis un cliché sur pattes qui ne se lasse pas d’éculer ses références sur fond de névrose latente. Et justement…
J’ai senti l’angoisse m’attraper par les poumons. Déferler dans mon ventre. Mains tremblantes à s’accrocher aux fiches d’Allemand posées sur la tablettes. Quand je sens cette sorte de bouillonnement, je crois d’abord déceler de l’impatience, mais ensuite je réalise que la peur dévore peu à peu toute mes facultés, surtout celle à raisonner (peu développée chez la pauvre fille qui vous écrit).
Il y a l’écho de tous mes doutes qui résonne mais persiste cette seule certitude : quelque chose ne va pas, quelque chose déconne.
Quelque chose.
La dernière fois que j’ai pleuré d’exaspération et de lassitude, c’était blottie dans les bras de l’aimé, et c’était contre lui dans tous les sens du terme. Il m’a alors affirmé ce que je tiens pour une révélation. Une personne persuadée (vive les allitérations) d’avoir exagérément souffert mais qui a connu des moments heureux ressasse ses malheurs sans pudeur. Une personne ayant souffert sans la moindre accalmie ne sait plus discerner le bien-être de la douleur. Elle est incapable de ressasser l’horreur tant son existence en est traversée sans rien qui puisse compenser, sans rien qui contraste et fasse d’autant plus déplorer l’adversité. Je l’écris moins simplement qu’il a su le dire. C’était limpide et dans l’obscurité de la chambre, je l’ai senti baigné d’une certaine… vérité. Eclairante. Instantanément je n’ai plus pleuré. Sans que cela soit lié autrement que dans mon imagination, les insomnies ont cessé. Et j’ai repensé à cette amie qui m’avait affirmé que j’obtenais toujours ce que je voulais. Comme s’il avait suffit que je le veuille pour que ça s’accomplisse et me réussisse (si on peut considérer qu’un désir réalisé est réussite).
Je crois qu’elle suggérait mon obsession de la performance comme une ambition encore jamais contrariée. Je ne suis pas superstitieuse (j’ai d’autres pathologies plus capricieuses à mon actif de perpétuelle dépressive, sans doute) et peux donc acquiescer à cette ‘suggestion’ tout comme je sens (et donc sais) qu’une claque magistrale pourrait bien la contredire. Voilà donc de quelles révélations entêtantes mon angoisse s’est bercée ce soir.
Et je suis sans pudeur à les révéler ainsi.
Et je suis un cliché sur pattes, un cliché clichotant.
(Vive les anaphores)
Une sorte de créature hybride comme on en croise beaucoup dans ce siècle : écolo-bobo-bio en chemisier blanc, étudiant vaguement en prépa et décortiquant sans vergogne ses supposés travers psychologiques. En somme je suis tentée de placer mon obsession de l’imposture au-dessus de toutes les autres. J’ai conscience de n’avoir aucun mérite en quoi que ce soit et ne peux pas croire que je mérite quoi que ce soit. C’est très facile d’écrire sans cesse à demi-mots que je ne mérite pas les sévices (réels et imaginaires) que j’ai pu endurer. Ca l’est moins d’énumérer toutes les choses qui vont bien sans que je comprenne pourquoi et admette avoir œuvré pour. Parce que je pourrais (à tort mais souvent à raison) être taxée de fausse modestie et que je ne me souviens plus s’il est convenable d’être humble ou plutôt d’être modeste. Quoiqu’il en soit, mes crises d’angoisse avaient disparu. Certes cette accalmie de quelques semaines pouvait être un leurre de l’auto-persuasion (je me soupçonne d’être rusée). Mais je ne me sentais pas insensibilisée comme souvent lors des accalmies. Je me sentais réceptive au meilleur (en tant que jeune fille clichée, je veux parler de vie sociale remplie). Et en somme, on peut retracer les hauts et les bas de mon moral (l’expression est aussi galvaudée que mon propos est inepte à qui souffre vraiment) aux publications sur ce blog. Ce que je considère comme de la détresse me donne la fièvre d’écrire (pas forcément de publier, encore que ma soif de reconnaissance est souvent mal placée).
Bref, j’étais réceptive au meilleur. Toujours un cliché sur pattes et clichotant, mais versant niais.
Dans le train j’ai regardé (dire que je les ai lu serait mentir, et même si j’en serais très capable, de mentir, les lire me fut tout à fait impossible) mes fiches d’Allemand, j’ai monté le son, j’ai maudit mon sens démesuré du tragique, et au fur et à mesure que je prenais conscience de mon ridicule, ce semblant de raison retrouvée empiétait sur cette foutue crise qui me faisait sentir exister. C’est un autre cliché qui est fréquent chez moi, ce sentiment d’exister à travers la crise et même grâce à elle. Comme si elle se travestissait en quelque chose de bénéfique, finalement. Et à présent je suis assez lucide pour y voir mon masochisme invétéré.
Mais qu’importe, à force de me croire persécutée je finirai bien par l’être et j’imagine que ça me surprendra suffisamment pour alimenter ce blog de posts narcissiques.
J’ajoute que c’est très drôle de décrire sensément la perte de raison, au moins autant que de rendre la crise par la déstructuration du langage. Mais n’ayez crainte, je continuerai à varier les tons, la schizophrénie compte sûrement parmi mes maladies (je n’ose dire imaginaires parce que, comme d’autres clichoteurs clichotants, j’ai la manie de croire parfois mon propos très novateur. J’ai donc quelques scrupules. Intéressant, prononcerais-je volontiers avec un accent allemand. Du Docteur Mabuse. Quoiqu’il est muet au cinéma, ce qui hélas n’est pas mon cas).
A présent je m’en vais javelliser ma baignoire et prendre une douche brûlante, c’est une autre spécialité clichotante de votre blogueuse : l’impression d’être sale et la volonté de se désouiller. Du jour où j’ai pris le réflexe de m’enfermer dans la salle de bain (je crois que les pédiatres rassurent les parents d’un « c’est la pré-adolescence, voilà tout »), on m’a qualifiée de « spécialiste des grandes ablutions ».












