Une vie d'ébauches

Histoire de voir où contes de vies ravagées et drame d'amours ravageurs peuvent mener.

30 janvier 2009

La ley del deseo.

DSC00005

.

/

.

DSC00056

.

/

.

DSC00072

.

/

.

DSC00065

.

/

.

DSC00081

-

-

-

Oscellées de lumière, nous étions.

Posté par croquetoiles à 18:31 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 janvier 2009

Tango.

.

Verres renversés d’hier. Un air de Carlos Gardel, ritournelle obsédante, les instants renversés. Cet engourdissement. Le thé fumant sur le coffre de merisier. Les oublis aquatiques. Inondée d’une béatitude aveuglante, étourdie de fièvre. Ces dentelles noires qui dévoilent ce qu’elles soustraient au regard. Les horaires de train qui clignotent sous mes paupières fermées. Le loup ébène sur le visage ivoire. Les mains qui ne tremblent pas, liées fébrilement, la chaîne métallique qui tressaute, le ballet des mains embrasées quand déliées elles courent à d’autres cachettes. Révélées à force, à force de caresses. Le cœur déborde par la bouche. Les oublis aquatiques. Les cotonnades lacérées, d’un râle écartées. Verres renversées parmi les pinceaux et aquarelles détrempées. D’autres esquisses sauvages. Attacher. Ce qui ne sait tâcher. Détacher. D’un petit rire aigu. Sans se voir ainsi se mouvoir. Renverser. Sous les surfaces rêches de l’impalpable. Un même mouvement démultiplié encore, encore, les sueurs innombrables. Le cœur déborde par la bouche assoiffée. Les ongles rougis. Rubis, la chair entaillée des désirs. Les pieuvres au creux de chaque murmure qui quémande, qui supplie et s’essouffle dans un sourire. Ravagée de complétude à arrondir chaque soupir. Le cœur déborde par la bouche abreuvée.

.

.

.

.

.

LA_CAPTIVE_NUMERO

.

.

.

.

.

J’ai répondu à son pourquoi. Sa voix avait changé. J’ai compris qu’elle s’était tirée. Avec suffisamment de feinte maladresse et de vraie cruauté pour être sure que je comprenne. M’être maudite c’était la bannir. On souffre encore plus de reprendre ses esprits et de sentir qu’on a été plus fort que ce qui nous a terrifié, que ce qui nous a terrassé. L’écœurement m’a fait vomir en brun et noir sur l’émail verdâtre. L’acide rien que dans mes yeux. Je n’ai rien dit de ce qu’elle se serait empressée de nier. Je m’indignais de trop la comprendre. J’ai compris qu’elle s’était tirée parce que j’avais renoncé, parce que je l’avais abonnée la première, parjure à toutes nos promesses, blasphème sordide et malheureux. J’aurais préféré qu’elle me reproche de n’avoir pas dégagé tout à fait, pour de bon, mais on s’aimait trop encore pour dire ces choses là, qu’on préférait souffrir l’absence de l’autre, que c’était en quelque sorte plus « noble » que se retrouver dans le désert que j’avais moi-même pris soin d’ensabler en un instant à flirter avec l’éternité.

Posté par croquetoiles à 20:56 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 janvier 2009

"We scream, we scream, we all scream for ice-cream"

L’été, les robes des filles, blanc lumineux, reflets cuivrés de l’eau et quand elles parlent d’autres langues, usurpatrices sans génie et joyeuses de n’être que le charme. L’été le tabac épars sur les ardoises fendues. L’été sur le lit défait les robes des filles chiffonnées le sable qui glisse entre les draps. Les pieds endoloris à fouler les chemins creux, à prendre les chemins de traverses quand les rires clairs se déploient, se déploient et couvrent tout ce qui ne saurait se dire. L’impulsivité des filles sans destin. Les cheveux cristallisés au sel. Les peaux vivement rougies. Rien qui soit si tangible, rien qui soit si délétère, rien qui soit plus doux. Renoncer. A soi. Car l’autre est tout. C’est précisément le don des égoïstes. Car ce n’est plus le choix ni le principe des généreux. Un silence qui s’impose devant l’évidence, fragile, au creux d’une épaule, le long d’une nuque dégagée. Le présage accompli.

.

.

.

.

deven2

.

.

.

.

L’été, assises en tailleur les filles ont dispersé devant elles des verroteries colorées. C’est un jour surgit de nul part. Sans fin. Car de l’après j’ai tout oublié. En fait voilà un pamplemousse qui aurait pu rouler par ici, car si on croit aux signes on ne peut que déplorer leur absence cruelle quand on aurait besoin d'eux et qu'acides sont les hivers et aveugles les jours assoiffés à aligner les écorces, unes à une, inlassablement. Je ne crois pas au destin, surtout pas au mien qui tient à un pamplemousse bosselé. D'avoir roulé sous les falaises de l'imagination, sans doute. Sans doute.

Posté par croquetoiles à 21:28 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 janvier 2009

To be a whore or not to be a whore, that is the question.

Quelle ironie du sort. A peine nous raccrochons et mon lecteur passe Elvis Perkins, All the night without love. Le week-end prochain je le retrouve dans une ville inconnue, archi’ médiévale et popu boboisante. Je veux surtout être cloîtrée dans sa chambre et l’aimer encore et encore.

"One that converses more with the buttock of the night than with the forehead of the morning."

Trop vieille pour le Biactol. Trop jeune pour le rétinol. Il me reste l’alcool. Encore que ça aussi c’est proscrit en ces temps de « masturbation intellectuelle ». Ou au contraire, « allé choupette, rabboule le whiskey qu’on s’y mette » pourrait devenir le moto de notre horde de décérébrées du capuchon.

Ah, et figurez-vous que la mise en scène de Coriolan par Christian Schiaretti est magnifique. Depuis « La Vénus à la fourrure », je ne m’étais pas enthousiasmée de la sorte pour une pièce. Encore que pour la pièce de Sacher-Masoch, l’enthousiasme fut rétrospectif alors que là, je me suis laissée emportée par la pièce dès la première scène. J’appréhendais bêtement (ça c’est ma spécialité, touchy-touchy), parce que l’an dernier j’avais détesté la version de King Lear par Jean-François Sivadier. Le jeu des acteurs et leurs tirades modernisées m’avaient horripilés, seuls les décors étaient plutôt intéressants. Mais alors Coriolan ! Le choix de la traduction était parfait, le jeu des acteurs époustouflant, etc. Et je me suis précipitée sur la réplique originale de Cominius une fois rentrée, quand il affirme parler plus aux fesses de la nuit qu’au front du matin. Drôles, certaines répliques. Résonance particulière des mots et du propos (accent volontairement porté sur les questions de la démagogie en politique et de la tyrannie, par exemple).

.

.

.

.

araki3

.

.

.

.

A présent j’écoute Sébastien Tellier et c’est fou comme ses chansons me donnent envie de baiser. C’est pas élégant à dire, qu’importe. On est pas censé être élégante un dimanche matin. Surtout quand on porte un jogging pourri (bon, ok, un vieux pantalon de la hip-hopeuse que je me suis improvisée être il fut un temps), un tee-shirt de la gendarmerie nationale (eh oui, je suis une dinde amoureuse d’un poulet. D’ailleurs, big-up à mon poulet) et même le caleçon du-dit poulet. Plus un sweat Adidas qui complète savamment une dégaine résolument improbable. Je suis complètement ravagée par une khôlle d’Histoire sur les ligues du 19e à 1939 et c’est franchement la lose sachant que je passe mon temps à chambouler mon plan. « Je suis charrette, je suis charrette », dis-je à Marilyn qui clope face à moi. Lasse, je vais m’en aller cuisiner. Hier c’était cabillau grillé avec un savant (oh.) mélange de curcuma, d’échalotes dorées dans le ghee et l’huile d’olive et de tomates et d’herbes de Provence. Aujourd’hui, j’affûte mon coutelas pour tailler menus-menus poivrons et autres courgettes à faire compoter tandis que grilleront les filets de poulet (big-up, re.). Toutes les nuits je rêve que je m’inscris dans une école de cuisine. Une de mes amis, elle, fait ce rêve récurrent de baiser dans une baignoire (quand je dis qu’on est ravagé du capuchon, je blague à peine). Avant la baignoire était vide, maintenant elle est emplie d’une eau claire. Elle a évolué, la pouffe. Tandis que moi je me réveille tous les matins avec les fumets alléchants en tête et la seule odeur véritable qui emplit mon appartement : celle du stress de la journée à venir. Odeur aigre et étouffante s’il en est. J’ai très hâte de bouger de là. Quitter l’appart, quitter la ville, quitter tout l’ici et trouver un là-bas de follâtrie perpétuelle. Bloody humdrum life, I dare say. Here we are, facing the lack of motivation of us and drooling in front of dreams we could grab if we weren’t silly puppies enjoying security or whatever. J’espère avoir fait plein de fautes. De toute façon je n’aurai pas le temps de faire mon thème de Lautréamont. Et mon Allemand passera à la trappe (moi je suis déjà au fond du trou t’façon). C’est drôle, certaines journées désabusées mais guillerettes parce qu’entièrement projetées dans un à-côté luxuriant de songes évanescents. Je file à mes poivrons, à mes oignons, parce que je crèverai la dalle sinon. Tcho ! 

...

...

[ Je suis en effet désaxée dans mes journées et ne poste qu’à la nuit tombée mais que voulez-vous, comme dirait Lorie, à 20 ans… Oui, je suis trop vieille pour gloser sur la référence à peine plus poétique à nos 17 ans ]

.

.

.

Araki02

Posté par croquetoiles à 01:36 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 janvier 2009

Torréfiés.

Les amoureux heureux, lascifs, impatients.

*

*

*

Beardsley

*

*

*

*

*

Nous étions dans un café minuscule, où tonnait une symphonie grandiose mais un café tout à fait sordide. Tasses fleuries, jaunies, horribles. Café brûlant, dégueulasse comme ceux des campagnes, comme les matins de « craquelin-café » sur la toile cirée graisseuse. Dans le reflet cuivré du miroir, mes cernes dont je devinais le bleu violacé. Mes lèvres rouges gercées. Pâle, notre teint, d’avoir peut-être trop bu, d’avoir sûrement trop peu dormi. L’écharpe rose autour de mon cou glacé. Un de ses potes m’a demandé comment teindre en rose une toile d’araignée. J’ai la voix plus basse et parfois rocailleuse, je n’ai pas de répondant et m’en fiche éperdument. L’angora tient chaud. Bague de pacotille. Quand je dis des insanités, il a un regard vers les tables voisines. Personne. Sous la table il soulève mes jambes. Mes baskets avachies. Je me suis écorché les pieds avec des chaussures neuves pour danser cette nuit. Je me souviens des pointes en danse classique : belles et munies d’embouts, rien à faire, les pieds en sang. Je comprends que la douleur de ses pieds troués aient fait halluciner le Christ. Dans la nuit, un peu soûle, jambes nues étendues, j’ai cru ne plus avoir de cuisses, elles avaient fondu. J’ai dit une grossièreté tordue, il s’est reculé sur la banquette, sans me quitter des yeux. Ses mains cherchent les miennes. Il soupire et ses yeux rient un peu de mes accusations perverses. On peut tempérer son cynisme. Pas adoucir le petit plis cruel aux commissures des lèvres. Différentes expressions passent sur son visage. Il y a une semaine, je tordais ses traits de mes mains. Il ne dit rien, d’abord. Ensuite je ne sais plus, la cendre incandescente sur les draps, l’ordinateur renversé, la fébrilité de l’instant, et une claque aérienne. Maintenant je caresse son visage, ses lèvres, alentours. Quelle monstruosité, cette excroissance du cœur qui n’en finit pas de grandir. Aimer obstinément. Quand on est sorti fumer une cigarette, il est rentré plus tôt, je restai avec deux de ses copains ou sans doute sans eux : je le vois lui, derrière la vitrine qui fait le pitre (cette expression désuète me donne l’impression d’être une institutrice, passons.) puis redevient sérieux. L’est-il ? A quoi bon aimer sérieusement ? Il y a une ferveur un peu folle que rien ne devrait cautionner mais sans laquelle rien n’a de goût. Peut-être est-il possible de se préserver de l’amour naissant et possible de se garder d’aimer trop. Amour insatiable qui se berce d’un « ce n’est jamais assez ». Je repose la cuillère. Je songe à ses principes de patriarche. Je songe à ses bêtises de gamin. Mon vernis s’écaille. Sous mes doigts sa barbe naissante. Five-o’clock shadow, je murmure, puisque parfois on parle Anglais, lui et son accent américain ( ! ) moi et mon accent british très scolaire ( ! ). Paroles de chansons et de film mêlées, voire de jeux vidéos. « Say it, say it I’m a whore ». Il fait froid, il a gardé son blouson, j’ai l’impression que mon manteau n’est pas plus épais qu’une feuille de cigarette. Il y a deux chiens envahissants que la patronne laisse cavaler dans le minuscule café. Les siens, chez lui, quand je passe le portail, me lèchent les mains si je suis en pantalon, reniflent mes jambes si je porte une robe. Quand on ouvre la porte de sa chambre, ils montent les escaliers parce qu’ils ont guetté le mouvement qui leur ferait oublier leur solitude. Petite, je voulais être écrivain isolé (je voulais être un homme) dans un château gothique. J’aurais donné des bals costumés que j’aurais observé sans y prendre part, je me serais promené dans le parc tout le jour et n’aurais écrit que la nuit. Je n’aurais fréquenté personne, n’aurais eu que deux molosses, deux dogues allemands au pelage brillant. Les chiens dans le café sont trop envahissants. Je ne sais pas pourquoi je décris ce moment précisément, quand d’autres, complices et unis, seraient un bon support à quelque propos poétique. Peut-être parce que ce fut un moment en suspends que l’écriture ne peut trahir. Un moment de conciliation, où le présent ne nous oblige pas à croire qu’on vit seulement dans l’instant, mais où nul vestige ni anticipation n’obscurcit les pensées non plus. Hors du temps, en sursis. J’intellectualise beaucoup ce sentiment d’être moi, c’est un peu contourné et se veut spontané. Quoiqu’il en soit, je nous souhaite encore beaucoup de tels instants pour l’année à venir.   

Posté par croquetoiles à 20:49 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1