15 mars 2009
"Ressac"
Les nuits si brèves. A dépeupler le tangible. A incarner d’autres cieux. A froisser les murs. A dessabler les cœurs. Le nœud d’une cravate, souple. Le coton sur ma peau, dessous exactement. Les gammes de souffles hachés, de souffles crus, de souffles bruts. Les gammes sur les membres tendus. Reflet d’aluminium. Le moiré d’un vin frais. A la fenêtre une cigarette et les premiers mots. Et c’est comme si on n’avait perdu ce langage. Comme si les mots s’étaient volatilisés entre temps. Les pensées se sont évaporées quand seul le corps comprenait le sens d’alchimies précieuses. Un parfum d’agrumes.
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Je ne me suis pas sentie si bien depuis des années. Je vénère cette certitude dans toute sa précarité. Je ne croyais plus être capable de décrire sans équivoque l’agréable. Désirs capricieux. Désirs impérieux. L’inassouvi perpétuel et désailé, comment voler vers, comment voler vers. D’humeur icarienne, je sens avoir brûlé en plein vol. Les mythologies sauvages, les fantasmes hybrides, la grandiloquence du langage qui recrée, que finalement j’aurais peut-être préféré perdre tout à fait. Je n’étais qu’une somme de mots décalés, de mensonges éhontés, d’aspirations troublées, de visions floues et de blessures longtemps crues indolores. J’ai eu vingt ans. L’asservissement au souvenir déchu et espoir d’une refondation sublime m’ont lassé. J’ai eu vingt ans. J’ai rencontré un garçon brun que j’ai cru innocent. Je suis ravie de m’être trompée. Je ne me suis jamais sentie si… pure. Sans doute un mirage au plus fort des instants bachiques. Tant mieux.
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