Une vie d'ébauches

Histoire de voir où contes de vies ravagées et drame d'amours ravageurs peuvent mener.

25 mars 2009

Blood gets thin / Gauzy skin.

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Certes. « Les huîtres dégustées à minuit après l’Opéra ». Les robes légères, si fines à deviner un ruban, une dentelle. Les yeux en pâte feuilletée à regarder le soleil. Un verre en plastique à la main assis sur les pelouses. Champagne, les coupes en cristal. Le reflet ambré de l’armagnac. Le gingembre sur le bout de la langue, le chocolat noir corsé plein la bouche. Un amant ? Elle dément en riant, ses bracelets orientaux tintent quand elle appuie ses protestations de gestes gracieux. Elle prépare le meilleur goulasch du monde. J’ai préparé le premier dîner printanier, et le garçon brun s’est brûlé d’impatience. Me viennent à l’esprit les souvenirs de glaces fondues à Sienne, de restaurants à Florence et de grandes tablées en Sicile les hommes criaient « Bella Ciao », l’Internationale et se souvenaient de leur squatt milanais (l’époque brigades rouges, voyez, s’imaginer son père rebelle quand même à vingt ans on n’est pas soi-même marxiste pour un drachme…). De cantucchi trempés dans le chianti. « La piscina ! La piscina », répétait la vieille grand-mère édentée. Aux thermes marins, petite, les velours rouges des salons, je n’étais que de bleu cyan et de vert d’eau vêtue, et ce printemps j’aimerais que le garçon brun en soit aussi. Complètement irrationnel. Il dit : « Pas de sortie avant les concours ». Ce qui n’exclu pas les nuits chez moi. Mais compromet d’autres apparitions mondaines. Aux thermes marins, les gens avancent comme au ralenti, leurs gestes sont délibérément étirés à l’infini, peut-être qu’ils croient donner de l’ampleur à l’apesanteur, s’en imprègnent par tous les pores d’une peau adoucie aux algues. « Sa Ford Mustang a heurté une Jaguar ». Petite il me ramenait mes premières barbies noires de New-York, maintenant il flambe à L-A et pour l’heure s’envole à Kaboul. Tout se croise dans ma tête. Le pain toasté avec de l’huile d’olive, du gros sel. « Une chauve-souris s’était réfugiée dans l’abat-jour ». J’ai envie de partir à Istanbul. « Oh oui, il faut vraiment que tu vois ça. » On écrasait les scorpions dans la cheminée. « C’est triste à dire mais les jeunes gens des familles aisées sont souvent les plus beaux et les plus intelligents, aussi », assène-t-elle avec un sourire qui se voudrait contrit. Amen. Le garçon brun depuis longtemps. On était des espionnes et le pigeonnier faisait office de QG, dans la pinède on courait enveloppées d’une fine poussière ocre. On attendait l’arrosage automatique des pelouses roussies, au crépuscule. Sans mes ongles je suis très simple, sans cheveux je suis une fille sans fin, derrière mes yeux une sorte d’écheveau maladroit qui chante l’été et les corps dénudés. Le profane sculpte les dieux affamés. Je serai un gourou inoffensif, coiffé de papillotes. Au temple massacré les corps étaient beaux qui s’inventent des amours tempétueuses. Au temple massacré le fleurs se chiffonnent d’impératifs stupides. Au temple massacré le goût d’atemporel offense tous les possibles, comme on brodera les signes évaporés, comme on les épinglera aux peaux embrasées. A côté de moi la fille qui se rasait les bras, qui porte de drôles de bijoux en cuir cloutés sur sa peau meurtrie. Elle se mouche tout le temps et bruyamment. J’ai un corps, aussi, parfois. Je profane les promesses sacrées, mes prières sont imberbes, mes corps diaphanes. Je suis un corps sans le geste, parfois. Au soleil sur les graviers sous la chaleur la robe blanche transparente, du café, les rires enjoués, les cernes bleuissantes. De la fenêtre le garçon brun m’observe. Il descend. Les filles minaudent. Il m’embrasse et derrière on l’invective. On s’éloigne. Sur le banc enlacés à délaisser les choses. Le soleil perce sous les feuillages. On dirait qu’il n’y a rien de meilleur. Rien de pire que le cadran de sa montre qui taille l’air de reflets diaboliques. Sa chemise est fine, sous mes doigts les rayures bleues, sur le corps un petit sigle chic, dessous la peau il a des nerfs aussi. Ma robe transparente. Froissée par ses mains lisses on dirait de l’ivoire on dirait qu’il tend des miroirs. On se moque des mains poilues du pianiste on dirait des batteurs, non des battoirs, pardon je parle mal, Zola est déjà loin. Elle dit que les ballerines Tod’s sont parfaites, elle dit que Hyatt c’est pas mal, elle dit que construire leur loft parisien « écolo » a été encore plus difficile qu’aménager le grand appartement versaillais. Le retour est pénible. Toujours pénible. Ses baisers pour guides. Il m’accompagne, encore les regards inquisiteurs depuis les parterres, et sans vergogne nous qui les insultons d’une complicité qu’on dirait millénaire, et les sourires à perte sens. Sur ma copie, il y a écrit : « Pertinent. Même brillant. » et il a souligné la suite : « quel dommage que vous ne vous vous appuyiez pas toujours sur l’œuvre ! ». Et pour cause ! Toute une réflexion bâtie sur un raisonnement de … Bacon (le philosophe), en prenant soin de ne pas le dire, bien sûr. Genre inspirée. Genre fière des « quelle métaphore ! » « Oui, TB ! ». La glace vanille fondue ne ment pas : il fait chaud, je suis une franche idiote, croiser et décroiser mes jambes influence le correcteur et je m’en fiche pas mal de devenir transparente par peur d’exploser les tissus, je m’en fiche pas mal d’avoir des quintes de toux absurdes et des yeux trop brillants, le garçon brun veille sur moi.

Midi sur la terrasse.

[ Elle a hurlé qu'il fallait arrêter de parler d'elle que oui elle l'enviait que c'était qu'une pute mais qu'elle l'enviait. Ainsi parla la pourriture résurgente ]

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2 h 03

Je ne suis plus un corps. Je suis pire. Décousus les bras. Russe. Alors. Encore. Quand je me réveille il a les yeux ouverts posés sur moi et c’est comme si on ne m’avait jamais regardé c’est douloureux ça transperce les membres et met à jours les inconscients du rêve qui m’auraient échappé et qu’il aurait saisi. Ce soir une amie m’a dit : « C’est ambigu, oui, sans doute, son regard. On dirait qu’il y a une malice par-dessus. Par dessus quoi je sais pas. Quand il te voit il y a du troublé quelque part. » Ses bras sont chauds qui m’ont gardé contre lui je me sens comme un animal captif et je ne griffe pas elle a regardé si mes ongles étaient longs je les coupe très courts il faut dire parce que sinon les vernis vifs et ça fait vulgaire parce que sinon ils se cassent pourtant je n’accroche rien. Auparavant des deux (autres) j’étais celle éveillée à guetter le jour poindre sur la peau nue, donc le miroitement disgracieux d’un teint brouillé, l’incurvé obscène d’une bouche entrouverte. Le garçon brun reste immobile et sans bruit au réveil je crois qu’il n’a pas dormi c’est très éveillé qu’il se saisit de moi. Je me demandais si vieillir c’est devenir avide de trucs rassurants de trucs qui flattent de trucs qui ne puent pas le péril mais de trucs fluides sans encombre et quelconques quitte à se dire qu’on a loupé une certaine vocation de ratée sentimentale dans un sens (la douleur) et réussi dans un autre (la fadeur). Quoiqu’il en soit il y a uchronie et bercement de l’uchronie positive.

14h42

Les cheveux flous en halo autour du crâne, les lèvres sèches, des miettes sur ma tunique, l’écharpe maladivement nouée autour du cou, l’œil hagard (l’autre s’était fait la malle je crois) et rendue aphasique par une problématisation bidon filée sur une dizaine de pages pendant six heures, je lance au prof : « tu vas la fermer cette putain de porte ? ». Grossière erreur, il réplique en faisant entrer une horde de gros HEC galvanisés par la victoire (au foutcheubaul) (D’ailleurs à midi une amie m’a aimablement rappelé que je loupais le match du siècle.) (d’ailleurs j’ai failli y filer). Dont le garçon brun qui m’embrasse et bêtement je dis « putain de porte » « Ah mais tu as un contrôle maintenant ? » et le prof qui répond : « oui mais grâce à lui on a gagné, surtout ! ». Parce que c’est le chef-qui-fout-une-pression-de-malade-mental. Pas le temps de répliquer, moi et ma bouteille d’eau pétillante, moi sans ma copie pourrie, c'est l'éclipse. SE SOUVENIR QU’ETRE TERREE PENDANT SIX HEURES DANS UN SOUS-SOL NE DOIT PAS M’EMPECHER DE FAIRE GAFFE A MA TENUE MON LANGAGE.

23 h 39

- Je pourrai pas attendre, Ayla.

- Demain c’est cinq heures.

- Je décale ma colle, alors.

- Je cuisinerai russe, alors.

- Plaisir.

- Impatience.

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15 mars 2009

"Ressac"

Les nuits si brèves. A dépeupler le tangible. A incarner d’autres cieux. A froisser les murs. A dessabler les cœurs. Le nœud d’une cravate, souple. Le coton sur ma peau, dessous exactement. Les gammes de souffles hachés, de souffles crus, de souffles bruts. Les gammes sur les membres tendus. Reflet d’aluminium. Le moiré d’un vin frais. A la fenêtre une cigarette et les premiers mots. Et c’est comme si on n’avait perdu ce langage. Comme si les mots s’étaient volatilisés entre temps. Les pensées se sont évaporées quand seul le corps comprenait le sens d’alchimies précieuses. Un parfum d’agrumes.

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Je ne me suis pas sentie si bien depuis des années. Je vénère cette certitude dans toute sa précarité. Je ne croyais plus être capable de décrire sans équivoque l’agréable. Désirs capricieux. Désirs impérieux. L’inassouvi perpétuel et désailé, comment voler vers, comment voler vers. D’humeur icarienne, je sens avoir brûlé en plein vol. Les mythologies sauvages, les fantasmes hybrides, la grandiloquence du langage qui recrée, que finalement j’aurais peut-être préféré perdre tout à fait. Je n’étais qu’une somme de mots décalés, de mensonges éhontés, d’aspirations troublées, de visions floues et de blessures longtemps crues indolores. J’ai eu vingt ans. L’asservissement au souvenir déchu et espoir d’une refondation sublime m’ont lassé. J’ai eu vingt ans. J’ai rencontré un garçon brun que j’ai cru innocent. Je suis ravie de m’être trompée. Je ne me suis jamais sentie si… pure. Sans doute un mirage au plus fort des instants bachiques. Tant mieux.

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11 mars 2009

Extase kazakhe / Triffles.

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HEC qualifiés. Grosse ambiance. Genre PC étoile trop de la balle, genre HEC enculés, genre garçon brun très malin. Envie : me réfugier dans les bras de la douce amie. Copie : 9 pages en cinq heures. Voisin qui baillait : 14 pages. Lui c'est 14 pages comme 14/20. Moi c'est bien un multiple de 3 comme 3/20 !

C’est une histoire de désacralisation. Avec plus de Doute ! Que de l'Autre Chose !

Je veux : aller au concert de Fujiya et Miyagi avec celle auprès de qui les chatoyances sublimes du visible rendent à l'imaginaire sa pureté, avec qui tout aspire à créer à respirer à perpétuer les fulgurances. Chatoyances, néologisme du soir bonsoir.

L’un des musiciens aime Nabokov, ça tombe bien. (Voilà pour la caution litté, le reste est pur électro.). (J’aime : que le garçon brun se soit mis à l’usage intempestif de parenthèses).

Cet été : Proust et Dostoïevski en intraveineuse. D’ici là, quelques Sade et Vivien. Je voudrais : une robe corsetée. Courte et colorée, avec un corset quelque chose de futuriste peut-être, pas un revival crinoline et cotillons. Il y a des femmes qui peuvent dire : les hommes qui me déshabillent s’attendent à découvrir un corset, des jarretelles fines. Déshabiller ces femmes du regard et admirer cette suavité comme seul parfum qui vaille.

Poignets alourdis de bracelets. Délestée de quelques quilaux, tous les égards me sont dus. « Votre valise, mademoiselle, laissez-moi la porter ! ». (Admettons. Elle fait deux fois mon poah.) Les évanouissement sont en option. Comme on se ronge d’appréhensions futiles ! Comme on se ronge d'années consacrées à l'abject ! J’aime : sortir de cours et qu’il soit là. Qu’il dise aux copines : « Je la kidnappe ». Que ce soit vrai. Que le soir elles disent : « On l’a vu, lui non, il s’en fout quand t’es pas là. ». Et le matin sous la douche brûlante, groggy de sommeil, je songe : pour les intercours, pour les pauses et après-cours, ça vaut le coup. Baffling. Bling bling comme un internat de garçons HEC où son voisin écoute du gros rap, où ses potes rentrent à l’impro en criant « Cheeef ! », parce qu’apparemment, c’est lui le chef ( ? ). J’aime : son bouquin sur la Beauté avec Marlon et Gary. Mais je plaide Humphrey et lui remonte à Friedrich.

J’aime : que dehors il pleuve, que le CDI ait été trop bruyant, qu’un grand Chartiste (oui, ça existe encore, l’Ecole des Chartes, apparemment) me demande si je viens au ciné avec lui. J’aime : que le garçon brun arrive sur ces entrefaites, avec un pull coloré, acidulé comme une gorgée d’été, qu’il dise : Ils t’attendent tous, dans le couloir !

-         HEIN ? (je suis khâgne, je suis caisgne, je dis : Pardon, plait-il, oyez-oyez répétez ?)

-         Dis leur bonjour comme si tu croyais à leur histoire de goûter.

S’en suit un passage de chambre en chambre, échanges de bons procédés et lui qui murmure « Ils sont jaloux. Je leur donne pas tort. »

Parfois le garçon brun est vraiment trop süß (j’aime quand lui parle Allemand, et surtout parce que c’est pas souvent). Il est meilleur que moi en philo mais s’arrange pour flatter mes goûts. Il montre un livre sur son étagère : « Tu lis Généalogie de la morale à ma place ? » « C’est déjà fait, voyons ! » « Ah, c’est vrai, Cioran et Nietzsche… » « Et le cutter en option ». Sauf qu’avec un garçon brun, comme quand tu es bien, la vanité ostensible et misanthropie suicidaire ne sont que fantaisies vite dispersées, le temps d’un kidnapping, le temps d’une libération, et tout ce qui s’en suit de bon.

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01 mars 2009

"Deep down, I'm pretty superficial"

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"Rouler des mécaniques c’est une maladie des hommes."

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-""Une amoureuse-née est une franche idiote"

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( Audiard entre guillemets. )

Posté par croquetoiles à 09:34 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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