29 avril 2009
Suspension of disbelief.
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Tu peux pas rivaliser. Soleil timide. Première nuit loin de Al, après des allés-retours quotidiens entre son duplex et mon appart qu’il a investi de nombre de ses affaires. Sur le lit son oreiller, dans la salle de bain sa brosse à dent, une serviette de bain humide, sur le bureau un classeur de mathématiques, sur la chaise le polo Azzaro que je lui ai offert lundi. La première fois qu’il est venu, je lui ai dit de ne rien laisser de ses effets personnels, il a rit de se voir assigner un statut précaire « de passage ». Et c’était pure bravade, si l’on en croit mon apathie, les jours suivants, au fur et à mesure que je le laissais oublier un flacon d’huile pour le corps, des bouteilles de liqueur et de vins… Et surtout, que j'égarais aussi mes livres, mes bas ou mes cheveux dans sa baignoire (au diable le glamour, il n'appartient qu'à nous et n'a pas, je crois, à être verbalisé dans un texte qui doit vous paraître bien insipide).
Il fallait que je rentre, alors séparation au petit matin, hier. Après avoir dansé avec les casseroles, après avoir fait valser les bougies, après avoir comparé proactivité et existentialisme, après avoir dansé sur Duke Ellington et chanté à tue-tête avec Ray Charles ou Nina Simone. Qu’il parle de théorèmes obscurs ou m’explique les principes du développement personnel, il a une aura épatante. Il a la manie touchante de se recoiffer gracieusement à chaque instant et moi la taquinerie malfaisante de le décoiffer aussi sec. On déteste les rituels, s'est-on dit dès nos premières conversations. Sauf si c’est cuisiner au moindre prétexte pour des dîners raffinés. Evidemment je me lance dans des recettes compliquées, même si je suis incapable d’improviser à sa manière ou d’exceller aux fourneaux à l’instar de son père. Il y a une sorte de malice de mauvaise foi à croire que l'on se crée des rituels pour mieux les dézinguer. Une cigarette au balcon ou sous le poirier, un thé fumant à la main, roucoulant à notre osmose parfaite, à la plénitude des instants partagés, à l'exclusivité d'une relation inouïe. J'aime son allure entre élégance discrète de petit lord et charisme plus ostentatoire de flambeur, son cou parfumé, la trace que laissent mes baisers, mes ongles, sur sa peau. Il aime le cuir vernis rouge flamboyant de mes chaussures, le turquoise des dentelles, répète la douceur de nos peaux avides de caresses.
Ce matin, nausée et vision troublée, je me réveille dans la maison familiale, étrange de ne pas sentir les bras d’Al m’enlacer, de n’avoir pas cette impression délicieuse de n’avoir pas bougé d’un geste de la nuit parce que retenue par ses bras.
Ce soir, comme des retrouvailles et cuisine à quatre mains.
Demain, énorme soirée, bon vin à volonté, c’est beau-papa qui régale une assemblée majoritairement masculine (et de scientifiques obsédés de formules et d'équations...) dans un bon restaurant avant une nuit de clubbing. Al et moi ne nous coucherons pas, on filera à Dinard prendre le petit déjeuner au Grand Hôtel pour introniser un week-end résolument tonique. Rentrer dans la combi étriquée, plonger en apnée, faire péter la combi via fricassée d’ormeaux et fruits de mer en pagaille, et que vogue le voilier, et que nous soit hospitalière la petite crique non loin de la demeure familiale. Je ne prie même pas pour que notre dynamisme s’arrête où commence sa passion pour le golf, mon insatiable curiosité surpassant de beaucoup mon sens de la dignité. Gamine hilare au rouge à lèvres filé et divin barbu décoiffé, uni dans l'horrible adversité d'une vie de nababs. On ose des mots qui soudain ne nous paraissent plus trop grands pour nous, on s'essaye à des pensées qui nous paraissent sublimes mais qui vous paraîtraient faire basculer ce texte du mièvre à la plus totale naïveté si je voulais les retranscrire. C'est le temps des amours idylliques.
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