Une vie d'ébauches

Histoire de voir où contes de vies ravagées et drame d'amours ravageurs peuvent mener.

07 mai 2009

Sôphosunè

durina

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Piscine. Une heure et demi de longueurs sans slalom car peu de monde. Ai décidé d’y aller chaque jour cette semaine, après plusieurs jours de bombance. Sans trop me soucier du trop joli maillot de bain Kenzo qui risque d’y passer faute d’investir dans un vrai maillot de piscine. Histoire qu'il n'y ai pas de malentendu, de ne pas commettre d'imposture grotesque : ainsi parée d'un maillot volanté, je peux barboter sans que les nageurs sans étonnent (une touriste !), voire impressionner les observateurs si je nage longuement et correctement. Enervée car peu apte au crawl (souffle en cause). Mais brasse coulée et dos crawlé nickels (crampes domptées). Retrouver les sensations d’apesanteur, l’esprit aussi flottant que le corps, ne songer à rien qu’aux mouvements des bras, se concentrer sur l’énergie optimale des battements de jambes appliqués, sentir les muscles se contracter, le sang me monter au visage pour être mieux revigorée par l'eau fraîche chaque fois que ma tête est immergée. Seules pensées parasites, les songes glorieux du prochain week-end avec Al. Il faut encore que je réserve des places pour l'expo Wahrol. Celles pour Kandinsky sont prises. Xav s’occupe de dégotter un très bon restau, pattes aux truffes et macarons chocolat. Mocassins turquoises responsables de pieds égratignés. Basquets old school volées sur la plage vendredi (ces gentils idiots ont laissé les clés de la voiture mais ont volé le filet des palmes et deux paires de baskets pourries…). Deux heures de plongée en apnée, cette après-midi là. Depuis la crique les vagues glacées nous ont porté dans l’alignement de la statue de la vierge. Elle domine la crique depuis un sommet rocheux, albâtre étincelant, baie miroitante. Nous avons nagé à proximité de casiers peu remplis (vaine tentative de pillage). Sous l'eau, quelque méduses rose pâle, des algues ondoyantes plutôt rares, un silence parfait à peine troublé par le vrombissement de moteurs de loin en loin (nous nous étions suffisemment éloignés de la côte pour avoir à surveiller les bateaux venant à passer). Ballade de récifs en profondeurs poissonneuses, Al armé d’un harpon, entraînant un filet alourdi d’ormeaux et d’étrilles au retour. Sans avoir froid, engoncés dans les combi, de la tête aux pieds, alourdis de poids, palmés, masqués, entubacés. Le week-end avait débuté jeudi par l’anniversaire d’Al dûment fêté avec ses potes. D’abord un restaurant spacieux et des plats copieusement arrosés de punch, rosé et champagne, étourdie par les éclats de rires. Al s’est vu offrir de bons cigares. Nous en avons fumé un, le Roméo et Juliette, sur la plage, le samedi, la nuit. Nous venions d’achever un très bon dîner chez des amis de la famille, un apéro transformé en dîner improvisé quand beau-papa a rabboulé les côtes de bœuf et la garniture que je l’avais regardé préparer en salivant et piochant allégrement dans la poêle : champignons tendres, oignons frits et lardons grillés. Après le dessert, nous avons emprunté le petit chemin qui mène directement à la plage non loin de la maison. Nuit opaque et sans étoile. Une fraîcheur bienfaitrice pour apaiser nos visages enflammés par les grands crus. C’était somptueux, pieds nus enfoncés dans le sable glacé et crissant, le ressac incessant, la saveur du cigare, fumée pénétrante et suavité entêtante. Cheveux épars sur le sable, blottie contre Al, bien emmitouflés dans nos polaires. Une polaire funky, pour ma part : toute de rose fluo, violet pétant, jaune agressif et vert pistache. Tektonik, un peu, voyez. Une insulte à l’obscurité iodée. A peine moins glamour que le polo Lacoste dans lequel j’avais sué l’après-midi durant en essayant de participer aux manœuvres sur le voilier. Débat avec le dernier magazine Capital à l’appui : J-L et moi pointant le retour de Lacoste, Al nourrissant sa monomanie Ralph Lauren de superlatifs ronflants. Quand nous sommes rentrés, alors que les garçons se restauraient une fois encore, ils ont gentiment remarqué que la-dite polaire, étonnamment, m’allait bien. De quoi renoncer aux choix cornéliens du dimanche matin : la robe blanche appréciée de belle-maman, la robe marine peu appréciée de Al ? Et toujours ces bas filés au moindre chahut avec Al. Quand il se bat pour regarder le golf, que M. veut des dessins animés et que toutes griffes sorties j’argue pour Gourmet TV. Groupes favoris du moment : Tame Impala psyché à souhait et Battant, « raw rock » et comme du post-ironic punk, tout est prétexte à danser avec Al. En boîte, avec une sorte de confusion sensitive, légère ébriété et sensualité exaltée. Dans la voiture avec belle-maman, Nougaro. Nous avons été au marché toutes les deux, pour me faire plaisir elle a acheté une forêt noire, nous avons eu la désagréable surprise de ne pas y trouver de cerises au moment du découpage. Avec belle-maman nous ne parlons pas de Al mais de choses peu personnelles, juste de quoi instaurer un climat détendu, comme il se doit entre personnes civilisées et chérissant différemment une même personne. On a préparé le canard à l’orange et acheté des oreillers, regardé les chaussures et commenté les tenues des petites filles modèles qui peuplent Dinard. Ca ne cessera jamais de m'interpeler, cet accord tacite entre vacanciers et locaux impeccablement et classiquement vêtus. Uniformité presque inquiétante, jusque dans la démarche, les lèvres pincées des rombières, la bonhomie empâtée des messieurs, la politesse cérémonieuse des bambins... Un cortège matinal de parfaits automates qui répètent que les produits les plus chers sont aussi les meilleurs, aux Halles, qui lissent à tout instant leur brushing (on notera que les femmes ne portent pas de frange, elles arborent un front dégagé, altier, noble) et leur belle tenue. Le dimanche matin, avec beau-papa, en allant à la boucherie pour le bœuf, à la pâtisserie pour les macarons et à l’épicerie pour « les HV et les potatoes », on a davantage parlé de mon amour, je sentais l’amertume de la dispute de la veille quand Al a une fois encore contesté son autorité, même si de façon plutôt drôle. Il est un peu colérique, Al. Quand en sortant de boîte, à 6 heures, il me passe sa veste pour pouvoir mettre la misère à un manant. Aussitôt F. rapplique et je me retrouve à chasser l'ennui d'un haussement d'épaules avec un K. tout à fait stoïque.

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J’aime Al qui savoure le cigare, qui observe et hume le Crozes-Hermitage, qui boude parce que beau-papa et moi partageons la même assiette et que de private jokes en taquineries, le-dit beau-papa s’exclame en me tapant sur l’épaule : « tu sais que je t’adore, toi !? ». Je me souviendrais de ce moment, quand suivant Al sous l’eau, entre ses palmes un éclair vif quand d’un mouvement de hanche les poids ont un peu bougé sur ses reins et la ficelle bleu électrique vers le fond : le filet. Acier, du harpon rigide contre le corps ondulant. Circonvolutions aquatiques et révolution émotionnelle : passion si dévorante qui sans doute me consumera nerf après muscle. Vendredi soir beau-papa m’a expliqué quelques paradigmes et principes de l’émotion relationnelle. Infaillible, il a répondu à mes questions tandis que Al tentait de nous faire taire avec cette méthode imparable du je-te-ressers-une-part-de-flammenküche-et-un-troisième-verre-de-rosé ? J’ai aimé ce Al enfourchant la Vespa de F. au lieu de nouer correctement sa cravate, ce Al qui toujours se recoiffe avec les doigts mais infichu d’avoir un peigne, le contact du carrelage sous mon dos, la brume au large, puis la moite vapeur de la douche, l'écume odorante, la mousse parfumée, ses lèvres charnues, le sel dans les cheveux, le thé brûlant, les averses depuis la fenêtre, enlacés et rêveurs. Sur le voilier à regarder la côte s’éloigner, dans ses bras l’abandon tranquille à ses baisers salés. Difficile retour du dimanche soir, seulement apaisé de baisers chocolatés. Je me suis étrangère, délicieusement étrangère et en pleine possession d’un corps qui ne réclame plus qu’Al.

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J’avais apporté une bouteille de champagne à beau-papa, laquelle fut dégustée le dimanche midi, avant le copieux déjeuner précédent notre départ. Après le restaurant avec ses potes, le jeudi, quelques bars et une nuitée en boîte, Al et moi nous sommes égarés entre couette et draps froissés au lieu de rouler illico vers Dinard comme nous l’avions prévu avec l’inconscience parfaite des enivrés. Al a pourtant géré les verres, y compris les dix tequilas d’affilée sous l’œil goguenard de ses potes qui n’eurent pas le plaisir de le voir broncher. Sa main serrait un peu plus la mienne, sur le zinc nos Kiss Cool à avaler prestement avant l’entrée en boîte, contact soyeux de la cravate sur mon front. Le groupe s’est délité au moment d’entrer en boîte. C’était drôle de retrouver l’endroit où Al et moi nous étions retrouvés la première fois. Quand je reprends ma respiration après chaque brasse, on dirait que je souffle « crap ! ». Quand je m’enduis les ongles d’huile, M. vérifie la composition du produit avec une moue dubitative. Quand je bois en boîte, c’est de l’eau glacée, et F. me taquine quand je lui rapporte un verre d’eau rempli de glaçons, alors que sans doute le type est gay et que ça n’a rien à voir avec ma peau dégoulinante de sueur. J’aime les membres qui glisse dans l’eau javellisée, les miens sont semés de bleus, la nuit Al remarque que ma peau a encore un goût chloré.

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Non pas qu'un épilogue grandiose eut été de trop à ce récit trépidant, mais un train m'attend qui m'emmène en Russie. Rather say dans la petite communauté russe recréée à la pointe de la Bretagne (indice : la ville au taux pluviométrique le plus désespérant du monde). D'où la bouteille de vodka sifflée cette nuit avec Al pour oublier que je pars et introniser le bal de la russauterie. J'ai les pieds en sang. Les pupilles fardées d'un voile de fatigue extatique. Les poumons encore lourds de la fumée d'un cigare fumé hier soir. Au lieu de la breizh-électro-transe à laquelle une amie nous avait convié, Al et moi avons décidé de parfaire nos envies de patachons, avec vodka du bison et energy drinks à foison. Sous le poirier en fleur, cigarettes écrasées sur les dalles étincelantes, soupirs d'aise et conversations volubiles, à jouer les adultes : politique-nouvelles du monde-littérature-cinéma. Bref, la Russie m'attend en la personne d'une nouvelle héritière à visiter. Et je sens que le trajet ne me sera pas plus reposant qu'un transsibérien Moscou-Pétersbourg.

Posté par croquetoiles à 10:59 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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