19 mai 2009
La fourberie. « Nous sommes des morts en permission ».
« Méfie-toi Jessica / Au biseau des baisers les ans passent trop vite / Evite évite évite les souvenirs brisés / Vous faites erreur shérif / Notre histoire est noble et tragique / comme le masque d’un tyran / nul drame hasardeux ou magique / aucun détail indifférent / ne rend notre amour pathétique. » .
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« Mon cœur ! Ca va mon cœur ? MON CŒUR ! »
Mon visage a pâli entre ses mains. On a bondi hors de la voiture. Avons enjambé les hautes herbes folles. Les fleurettes sauvages. Les mottes de terre sèche. Immédiatement, c’est le vent qui nous frappe au visage. Qui cingle nos joues délavées. Cou brûlé. Un peu. Par la ceinture. Elancement dans la nuque. Plus tard, je lui dis que j’ai entendu le crissement, plus rien, juste cette nuque douloureuse, cette nausée, comme au sortir d’un manège. Odeur de brûlé. Sur les gravillons dans le virage, on voit clairement la trajectoire du véhicule, une sale traînée grisâtre en ligne droite, jusqu’au fossé. L’avant de la voiture fiché dans le talus. Les roues maculées de boues dans le fossé. Une petite route de campagne, un raccourci, une ferme non loin. On y va. Al me presse contre lui, répétant son inquiétude, espérant s’emparer de mon vertige et le chasser comme il respire mes cris et les rend éternels en d’autres circonstances. Avec des jeunes du coin, on tente de sortir la voiture en l’attachant au moyen d’une corde à un véhicule plus lourd. En vain, seule la carrosserie est lacérée par la corde, sans que l’avant ne puisse être extirpé. Al multiplie les appels. Je suis aussi apathique qu’il réagit en hyperactif. Sa mère n'a peut-être pas tort : on conduit un voilier comme on se comporte dans la vie, l’un énergique et nerveux, qui tient bon la barre, l’autre contemplative qui dirige le bateau au petit bonheur la chance.
Je tangue dans le vent et la pluie, à être dégoûtée des boutons d’or pullulants, à haïr chaque bourrasque quand l’instant d’avant elles m’étaient charmantes, sur la falaise. Nous nous étions promenés sur la côte. Epatant parce que déjà les sentiers embaument les baies de l’été cueillies un peu chaudes mais mâchées telles quelles, avec un arrière goût de poussière des chemins creux. Le jus qui gicle sur le col du chemisier. Il y avait peu de surfeurs, quelques promeneurs et Al ressassait son envie d’acheter un plus petit bateau que le voilier pour la pêche et les excursions d’île en île et je chantonnais quelque stupide romance. Il était tard, déjà, car le déjeuner chez ses parents, le dimanche, s’éternise toujours. Le matin, Al et moi nous étions levés trop tard pour préparer le gâteau au chocolat. Nos grasses matinées, le dimanche, s’éternisent toujours. Même si la veille nous n’avions pas eut la grosse sortie escomptée après le théâtre. Le souvenir cuisant du précédent samedi ne devait de toute façon que m'inciter à carburer au jus de goyave plutôt qu'au whiskey. La pièce, c'était Fragments, de Beckett, dans une mise en scène de Peter Brook. Très beaux personnages. Truculence des dialogues. Gaieté du désespoir, noirceur comique. Pantomimes hilarants. Remarques désopilantes. On était arrivé au dernier moment, trop affairés toute la journée durant. Pendant son devoir de physique, j’étais allée au marché, en passant par le coin des fleurs, puis des fruits et légumes, mais pressée et agacée par les vieilles femmes claudiquantes. Je descends jusqu’à l’espace réservé aux poissonniers. Fais mine de comparer les soles. M’intéresse subitement aux ailes de raies. Non, deux soles, s’il vous plait, pourriez-vous lever des filets ? Traverser les halles couvertes, viandes, charcuteries, pâtés, terrines… Il y a une queue inimaginable devant l’étal aux mille boudins (le noir est le meilleur que j’aie jamais goûté) et devant un fromager qu’on m’a souvent recommandé (et cette fois j’ai résisté à la boule d’Avesnes si appétissante). Vous avez différents roqueforts ? Oui, très bien, celui-ci, le plus corsé. Et un munster affiné au Gewürzt, s’il vous plait. Oh, et de cette mimolette extra-vieille ! Bien sûr, ensuite, du pain bi pour aller avec les fromages forts. Rien n’éveille davantage l’envie de cuisiner qu’un tour au marché, en savourant les invectives des marchands, en dédaignant les badauds trop lents, en lorgnant les paniers des gourmands et bras chargés de victuailles des moins prévoyants dont je suis. Voilà pour les pitreries folklo un brin et hélas point de temps pour un tour chez le caviste.
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Après avoir passé l’après-midi en ville avec Al, on pu cuisiner les soles, savourer vin et fromages, mais n’avons pas eu le temps de faire la reine de Saba, le lendemain pas davantage, puisque les grasses matinées s'éternisent toujours. Après la représentation de théâtre, nous avons retrouvé ma meilleure amie, comme prévu, pour aller boire un verre. Nous fûmes bientôt rejoints par des amis d’Alexandre, dont ce rigolo major de promo qui a toujours l’œil moqueur et s’est étonné de ne pas me voir boire (ma dépravation avancée de samedi dernier avait pu lui faire croire à une tendance à l’alcoolisme chez la bloggueuse qui écrit ainsi). Bref, revenons-en à cette journée du dimanche. Arrivés pour le déjeuner chez ses parents, M. nous accueillit alors qu’on le croyait à réviser pour le concours des petites mines ponts et chaussées nanani nanana et belle-maman et moi dûment pincer Al pour l’empêcher de rafler les chips avant que beau-papa et son poto n’arrivent. Un directeur financier et administratif + un directeur industriel = conversations plombées ? Non pas. Dès le champagne, à part les garçons qui ne conversent que de mathématiques (Al s’enflamme), l’ambiance est enjouée. Beau-papa me taquine en cuisine, je lorgne déjà sur ses praires beurrées-persillées-gratinées et les huîtres de Cancale. Les vins sont incroyables, notamment un Beaune 2001 aux saveurs boisées inouïes (Al et moi nous accaparons la bouteille avec l’assentiment de beau-papa). Je sers chacun en bœuf tendre à souhait et pommes de terres nouvelles à tomber (revenues au beurre, croustillantes mais au cœur tendre, j’adore). Al et moi raflons aussi le pain au raisin pour nous finir au roquefort. C’était sans compter la tarte feuilletée à la rhubarbe, garnie d’une crème légère en bouche mais si gourmande, pour estomper l’acidité du fruit sans l’occulter… Après le café, beau-papa m’embarque pour aller chercher le cadet au waterpolo. Al tique. "Il prend trop la confiance, ça y est, ma mère qui te parle peinture et lui qui te coache et t'embarque, non mais tu es à moi, j'veux dire". Je file sans déplaisir, car écouter Dylan et discuter de développement personnel et d’interdépendance relationnelle m’amuse et m’intéresse. La rocade à bonne allure. Conduite souple et gestes déliés. Quand nous partons, Al et moi, pour Dinard, il ne conduit pas mal et l’on arrive bientôt à la falaise. Il est déjà tard, nous n’aurons pas le temps de passer au voilier, on décide de passer à la maison préparer un thé brûlant et se prélasser un peu au chaud. Sur la route, Al me pose des questions sur un copain de l’ancien temps, je réponds précisément, me concentre trop pour remarquer qu’il a accéléré. Le crissement. Et plus rien. Ensuite, ce sont les formalités. Ensuite, c’est l’impuissance. Le constat affligeant. La remorqueuse et le bilan pessimiste. On rentre à pieds à la maison. Al m’allonge contre mon gré, m’apporte des comprimés plutôt que le thé. J’entends encore le « Mon cœur ! Ca va mon cœur ? MON CŒUR ! » qui déchire l’air. Je sens encore cruellement mon impuissance à lui répondre et à être aussi prompte à le secourir. Dans l’allée, la voiture du père avance. On sort, je suis pressée contre le polo de beau-papa pendant quelques minutes, il répète que c’est nous qui sommes plus important que tout, Al semble soulagé d’éviter l’orage au moins un temps. Finalement on est rentré à la maison d’hiver de la famille. Belle-maman m’enlace à son tour, palpe ma nuque et mon cou, propose de m’accompagner chez l’ostéopathe. Beau-papa se précipite sitôt le dîner fini pour acheter des billets de train pour qu’Al et moi partions quand même à Paris mercredi. Je n’ai pas le temps de me confondre en remerciements qu’il m’arrête d’un geste, plaide la simplicité d’une telle démarche et hop, c’est repartit. The shout of joy from the children in feast is blended with the song from the cicada.
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