28 mai 2009
Rätsel. Et : Модeст Петрович Мусоргский.
« Ils partirent vers les rives bleues où s’exaspère le désir des amants. On les vit, couple divin, les cils de l’un frôlant les paupières de l’autre. » (Vivien)
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Antico Caruso au creux du cou de l’amant
C’est le gentleman parfait qu’incarne à lui seul l’élixir
Respiré en décembre
Oh le garçon de l’hiver
Quand maintenant le temps est fauve
Des orages furieux
Le garçon mystérieux au duffle-coat
Dévêtu. A présent.
Plissées les paupières de la femme hirsute
Fendues d’un khôl estompé de rêves au coin de l’œil
Précipitée au miroir
L’eau froide
Glacée et nos rires intarissables
Exaspérer le désir
Acharnée la lutte feinte jusqu’au corps à corps
Précipitée au miroir incliné
La lumière est cruelle qui grêle de la fenêtre
Quand il faudrait des heures de conduite toutes fenêtres ouvertes et très vite pour que la peau se rafraîchisse de s’être embrasée de s’être empourprée de s’être déchirée à la chaleur des fluides mesmériens.
Il a respiré les cris.
Fort.
Etranglée. Elle est. Demi-vive. Explosive d’une vie qui tient à la pression de ces deux mains sublimes qui modulent le souffle et dessinent le corps.
Flush
Fluides les sangs fluides les corps fluide l’esprit qui renaît
Anéantie. Autrement. Enfin.
Les envies flamboyantes des insoumis dociles aux
Visions célestes.
Ou infernales.
Mêlées.
Mêlées jusqu’à l’horrifique exultation.
Distillés par nos corps brûlant,
Les fluides mesmériens.
Affleure le bonheur aux yeux smaragdins d’Alexandre.
La femme hirsute voit danser au-dessus d’elle
C’est une danse à étreindre à empoigner plus que tout au-delà encore encore encore.
Mais déjà si lointaine cette danse d’envolés légers.
Oh ces envies de nouveaux parfums
D’onguents ensorceleurs et précieux
Qui ressuscitet la peau noyée d’un bal splendide.
L’hirsute sent la femme. Il soupire aux délices.
L’hirsute a l’allure escamotée par les nuits ensoleillées
Swing naturel du Prince.
Noblesse du triomphe royal.
L’énigme demeure intacte.
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« (…) C’était plus encore : une âme allant à la rencontre d’une autre âme, dans une ardente poussée des sens, dans un fol enivrement du cerveau. » (Wilde)
19 mai 2009
La fourberie. « Nous sommes des morts en permission ».
« Méfie-toi Jessica / Au biseau des baisers les ans passent trop vite / Evite évite évite les souvenirs brisés / Vous faites erreur shérif / Notre histoire est noble et tragique / comme le masque d’un tyran / nul drame hasardeux ou magique / aucun détail indifférent / ne rend notre amour pathétique. » .
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« Mon cœur ! Ca va mon cœur ? MON CŒUR ! »
Mon visage a pâli entre ses mains. On a bondi hors de la voiture. Avons enjambé les hautes herbes folles. Les fleurettes sauvages. Les mottes de terre sèche. Immédiatement, c’est le vent qui nous frappe au visage. Qui cingle nos joues délavées. Cou brûlé. Un peu. Par la ceinture. Elancement dans la nuque. Plus tard, je lui dis que j’ai entendu le crissement, plus rien, juste cette nuque douloureuse, cette nausée, comme au sortir d’un manège. Odeur de brûlé. Sur les gravillons dans le virage, on voit clairement la trajectoire du véhicule, une sale traînée grisâtre en ligne droite, jusqu’au fossé. L’avant de la voiture fiché dans le talus. Les roues maculées de boues dans le fossé. Une petite route de campagne, un raccourci, une ferme non loin. On y va. Al me presse contre lui, répétant son inquiétude, espérant s’emparer de mon vertige et le chasser comme il respire mes cris et les rend éternels en d’autres circonstances. Avec des jeunes du coin, on tente de sortir la voiture en l’attachant au moyen d’une corde à un véhicule plus lourd. En vain, seule la carrosserie est lacérée par la corde, sans que l’avant ne puisse être extirpé. Al multiplie les appels. Je suis aussi apathique qu’il réagit en hyperactif. Sa mère n'a peut-être pas tort : on conduit un voilier comme on se comporte dans la vie, l’un énergique et nerveux, qui tient bon la barre, l’autre contemplative qui dirige le bateau au petit bonheur la chance.
Je tangue dans le vent et la pluie, à être dégoûtée des boutons d’or pullulants, à haïr chaque bourrasque quand l’instant d’avant elles m’étaient charmantes, sur la falaise. Nous nous étions promenés sur la côte. Epatant parce que déjà les sentiers embaument les baies de l’été cueillies un peu chaudes mais mâchées telles quelles, avec un arrière goût de poussière des chemins creux. Le jus qui gicle sur le col du chemisier. Il y avait peu de surfeurs, quelques promeneurs et Al ressassait son envie d’acheter un plus petit bateau que le voilier pour la pêche et les excursions d’île en île et je chantonnais quelque stupide romance. Il était tard, déjà, car le déjeuner chez ses parents, le dimanche, s’éternise toujours. Le matin, Al et moi nous étions levés trop tard pour préparer le gâteau au chocolat. Nos grasses matinées, le dimanche, s’éternisent toujours. Même si la veille nous n’avions pas eut la grosse sortie escomptée après le théâtre. Le souvenir cuisant du précédent samedi ne devait de toute façon que m'inciter à carburer au jus de goyave plutôt qu'au whiskey. La pièce, c'était Fragments, de Beckett, dans une mise en scène de Peter Brook. Très beaux personnages. Truculence des dialogues. Gaieté du désespoir, noirceur comique. Pantomimes hilarants. Remarques désopilantes. On était arrivé au dernier moment, trop affairés toute la journée durant. Pendant son devoir de physique, j’étais allée au marché, en passant par le coin des fleurs, puis des fruits et légumes, mais pressée et agacée par les vieilles femmes claudiquantes. Je descends jusqu’à l’espace réservé aux poissonniers. Fais mine de comparer les soles. M’intéresse subitement aux ailes de raies. Non, deux soles, s’il vous plait, pourriez-vous lever des filets ? Traverser les halles couvertes, viandes, charcuteries, pâtés, terrines… Il y a une queue inimaginable devant l’étal aux mille boudins (le noir est le meilleur que j’aie jamais goûté) et devant un fromager qu’on m’a souvent recommandé (et cette fois j’ai résisté à la boule d’Avesnes si appétissante). Vous avez différents roqueforts ? Oui, très bien, celui-ci, le plus corsé. Et un munster affiné au Gewürzt, s’il vous plait. Oh, et de cette mimolette extra-vieille ! Bien sûr, ensuite, du pain bi pour aller avec les fromages forts. Rien n’éveille davantage l’envie de cuisiner qu’un tour au marché, en savourant les invectives des marchands, en dédaignant les badauds trop lents, en lorgnant les paniers des gourmands et bras chargés de victuailles des moins prévoyants dont je suis. Voilà pour les pitreries folklo un brin et hélas point de temps pour un tour chez le caviste.
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Après avoir passé l’après-midi en ville avec Al, on pu cuisiner les soles, savourer vin et fromages, mais n’avons pas eu le temps de faire la reine de Saba, le lendemain pas davantage, puisque les grasses matinées s'éternisent toujours. Après la représentation de théâtre, nous avons retrouvé ma meilleure amie, comme prévu, pour aller boire un verre. Nous fûmes bientôt rejoints par des amis d’Alexandre, dont ce rigolo major de promo qui a toujours l’œil moqueur et s’est étonné de ne pas me voir boire (ma dépravation avancée de samedi dernier avait pu lui faire croire à une tendance à l’alcoolisme chez la bloggueuse qui écrit ainsi). Bref, revenons-en à cette journée du dimanche. Arrivés pour le déjeuner chez ses parents, M. nous accueillit alors qu’on le croyait à réviser pour le concours des petites mines ponts et chaussées nanani nanana et belle-maman et moi dûment pincer Al pour l’empêcher de rafler les chips avant que beau-papa et son poto n’arrivent. Un directeur financier et administratif + un directeur industriel = conversations plombées ? Non pas. Dès le champagne, à part les garçons qui ne conversent que de mathématiques (Al s’enflamme), l’ambiance est enjouée. Beau-papa me taquine en cuisine, je lorgne déjà sur ses praires beurrées-persillées-gratinées et les huîtres de Cancale. Les vins sont incroyables, notamment un Beaune 2001 aux saveurs boisées inouïes (Al et moi nous accaparons la bouteille avec l’assentiment de beau-papa). Je sers chacun en bœuf tendre à souhait et pommes de terres nouvelles à tomber (revenues au beurre, croustillantes mais au cœur tendre, j’adore). Al et moi raflons aussi le pain au raisin pour nous finir au roquefort. C’était sans compter la tarte feuilletée à la rhubarbe, garnie d’une crème légère en bouche mais si gourmande, pour estomper l’acidité du fruit sans l’occulter… Après le café, beau-papa m’embarque pour aller chercher le cadet au waterpolo. Al tique. "Il prend trop la confiance, ça y est, ma mère qui te parle peinture et lui qui te coache et t'embarque, non mais tu es à moi, j'veux dire". Je file sans déplaisir, car écouter Dylan et discuter de développement personnel et d’interdépendance relationnelle m’amuse et m’intéresse. La rocade à bonne allure. Conduite souple et gestes déliés. Quand nous partons, Al et moi, pour Dinard, il ne conduit pas mal et l’on arrive bientôt à la falaise. Il est déjà tard, nous n’aurons pas le temps de passer au voilier, on décide de passer à la maison préparer un thé brûlant et se prélasser un peu au chaud. Sur la route, Al me pose des questions sur un copain de l’ancien temps, je réponds précisément, me concentre trop pour remarquer qu’il a accéléré. Le crissement. Et plus rien. Ensuite, ce sont les formalités. Ensuite, c’est l’impuissance. Le constat affligeant. La remorqueuse et le bilan pessimiste. On rentre à pieds à la maison. Al m’allonge contre mon gré, m’apporte des comprimés plutôt que le thé. J’entends encore le « Mon cœur ! Ca va mon cœur ? MON CŒUR ! » qui déchire l’air. Je sens encore cruellement mon impuissance à lui répondre et à être aussi prompte à le secourir. Dans l’allée, la voiture du père avance. On sort, je suis pressée contre le polo de beau-papa pendant quelques minutes, il répète que c’est nous qui sommes plus important que tout, Al semble soulagé d’éviter l’orage au moins un temps. Finalement on est rentré à la maison d’hiver de la famille. Belle-maman m’enlace à son tour, palpe ma nuque et mon cou, propose de m’accompagner chez l’ostéopathe. Beau-papa se précipite sitôt le dîner fini pour acheter des billets de train pour qu’Al et moi partions quand même à Paris mercredi. Je n’ai pas le temps de me confondre en remerciements qu’il m’arrête d’un geste, plaide la simplicité d’une telle démarche et hop, c’est repartit. The shout of joy from the children in feast is blended with the song from the cicada.
07 mai 2009
Sôphosunè
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Piscine. Une heure et demi de longueurs sans slalom car peu de monde. Ai décidé d’y aller chaque jour cette semaine, après plusieurs jours de bombance. Sans trop me soucier du trop joli maillot de bain Kenzo qui risque d’y passer faute d’investir dans un vrai maillot de piscine. Histoire qu'il n'y ai pas de malentendu, de ne pas commettre d'imposture grotesque : ainsi parée d'un maillot volanté, je peux barboter sans que les nageurs sans étonnent (une touriste !), voire impressionner les observateurs si je nage longuement et correctement. Enervée car peu apte au crawl (souffle en cause). Mais brasse coulée et dos crawlé nickels (crampes domptées). Retrouver les sensations d’apesanteur, l’esprit aussi flottant que le corps, ne songer à rien qu’aux mouvements des bras, se concentrer sur l’énergie optimale des battements de jambes appliqués, sentir les muscles se contracter, le sang me monter au visage pour être mieux revigorée par l'eau fraîche chaque fois que ma tête est immergée. Seules pensées parasites, les songes glorieux du prochain week-end avec Al. Il faut encore que je réserve des places pour l'expo Wahrol. Celles pour Kandinsky sont prises. Xav s’occupe de dégotter un très bon restau, pattes aux truffes et macarons chocolat. Mocassins turquoises responsables de pieds égratignés. Basquets old school volées sur la plage vendredi (ces gentils idiots ont laissé les clés de la voiture mais ont volé le filet des palmes et deux paires de baskets pourries…). Deux heures de plongée en apnée, cette après-midi là. Depuis la crique les vagues glacées nous ont porté dans l’alignement de la statue de la vierge. Elle domine la crique depuis un sommet rocheux, albâtre étincelant, baie miroitante. Nous avons nagé à proximité de casiers peu remplis (vaine tentative de pillage). Sous l'eau, quelque méduses rose pâle, des algues ondoyantes plutôt rares, un silence parfait à peine troublé par le vrombissement de moteurs de loin en loin (nous nous étions suffisemment éloignés de la côte pour avoir à surveiller les bateaux venant à passer). Ballade de récifs en profondeurs poissonneuses, Al armé d’un harpon, entraînant un filet alourdi d’ormeaux et d’étrilles au retour. Sans avoir froid, engoncés dans les combi, de la tête aux pieds, alourdis de poids, palmés, masqués, entubacés. Le week-end avait débuté jeudi par l’anniversaire d’Al dûment fêté avec ses potes. D’abord un restaurant spacieux et des plats copieusement arrosés de punch, rosé et champagne, étourdie par les éclats de rires. Al s’est vu offrir de bons cigares. Nous en avons fumé un, le Roméo et Juliette, sur la plage, le samedi, la nuit. Nous venions d’achever un très bon dîner chez des amis de la famille, un apéro transformé en dîner improvisé quand beau-papa a rabboulé les côtes de bœuf et la garniture que je l’avais regardé préparer en salivant et piochant allégrement dans la poêle : champignons tendres, oignons frits et lardons grillés. Après le dessert, nous avons emprunté le petit chemin qui mène directement à la plage non loin de la maison. Nuit opaque et sans étoile. Une fraîcheur bienfaitrice pour apaiser nos visages enflammés par les grands crus. C’était somptueux, pieds nus enfoncés dans le sable glacé et crissant, le ressac incessant, la saveur du cigare, fumée pénétrante et suavité entêtante. Cheveux épars sur le sable, blottie contre Al, bien emmitouflés dans nos polaires. Une polaire funky, pour ma part : toute de rose fluo, violet pétant, jaune agressif et vert pistache. Tektonik, un peu, voyez. Une insulte à l’obscurité iodée. A peine moins glamour que le polo Lacoste dans lequel j’avais sué l’après-midi durant en essayant de participer aux manœuvres sur le voilier. Débat avec le dernier magazine Capital à l’appui : J-L et moi pointant le retour de Lacoste, Al nourrissant sa monomanie Ralph Lauren de superlatifs ronflants. Quand nous sommes rentrés, alors que les garçons se restauraient une fois encore, ils ont gentiment remarqué que la-dite polaire, étonnamment, m’allait bien. De quoi renoncer aux choix cornéliens du dimanche matin : la robe blanche appréciée de belle-maman, la robe marine peu appréciée de Al ? Et toujours ces bas filés au moindre chahut avec Al. Quand il se bat pour regarder le golf, que M. veut des dessins animés et que toutes griffes sorties j’argue pour Gourmet TV. Groupes favoris du moment : Tame Impala psyché à souhait et Battant, « raw rock » et comme du post-ironic punk, tout est prétexte à danser avec Al. En boîte, avec une sorte de confusion sensitive, légère ébriété et sensualité exaltée. Dans la voiture avec belle-maman, Nougaro. Nous avons été au marché toutes les deux, pour me faire plaisir elle a acheté une forêt noire, nous avons eu la désagréable surprise de ne pas y trouver de cerises au moment du découpage. Avec belle-maman nous ne parlons pas de Al mais de choses peu personnelles, juste de quoi instaurer un climat détendu, comme il se doit entre personnes civilisées et chérissant différemment une même personne. On a préparé le canard à l’orange et acheté des oreillers, regardé les chaussures et commenté les tenues des petites filles modèles qui peuplent Dinard. Ca ne cessera jamais de m'interpeler, cet accord tacite entre vacanciers et locaux impeccablement et classiquement vêtus. Uniformité presque inquiétante, jusque dans la démarche, les lèvres pincées des rombières, la bonhomie empâtée des messieurs, la politesse cérémonieuse des bambins... Un cortège matinal de parfaits automates qui répètent que les produits les plus chers sont aussi les meilleurs, aux Halles, qui lissent à tout instant leur brushing (on notera que les femmes ne portent pas de frange, elles arborent un front dégagé, altier, noble) et leur belle tenue. Le dimanche matin, avec beau-papa, en allant à la boucherie pour le bœuf, à la pâtisserie pour les macarons et à l’épicerie pour « les HV et les potatoes », on a davantage parlé de mon amour, je sentais l’amertume de la dispute de la veille quand Al a une fois encore contesté son autorité, même si de façon plutôt drôle. Il est un peu colérique, Al. Quand en sortant de boîte, à 6 heures, il me passe sa veste pour pouvoir mettre la misère à un manant. Aussitôt F. rapplique et je me retrouve à chasser l'ennui d'un haussement d'épaules avec un K. tout à fait stoïque.
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J’aime Al qui savoure le cigare, qui observe et hume le Crozes-Hermitage, qui boude parce que beau-papa et moi partageons la même assiette et que de private jokes en taquineries, le-dit beau-papa s’exclame en me tapant sur l’épaule : « tu sais que je t’adore, toi !? ». Je me souviendrais de ce moment, quand suivant Al sous l’eau, entre ses palmes un éclair vif quand d’un mouvement de hanche les poids ont un peu bougé sur ses reins et la ficelle bleu électrique vers le fond : le filet. Acier, du harpon rigide contre le corps ondulant. Circonvolutions aquatiques et révolution émotionnelle : passion si dévorante qui sans doute me consumera nerf après muscle. Vendredi soir beau-papa m’a expliqué quelques paradigmes et principes de l’émotion relationnelle. Infaillible, il a répondu à mes questions tandis que Al tentait de nous faire taire avec cette méthode imparable du je-te-ressers-une-part-de-flammenküche-et-un-troisième-verre-de-rosé ? J’ai aimé ce Al enfourchant la Vespa de F. au lieu de nouer correctement sa cravate, ce Al qui toujours se recoiffe avec les doigts mais infichu d’avoir un peigne, le contact du carrelage sous mon dos, la brume au large, puis la moite vapeur de la douche, l'écume odorante, la mousse parfumée, ses lèvres charnues, le sel dans les cheveux, le thé brûlant, les averses depuis la fenêtre, enlacés et rêveurs. Sur le voilier à regarder la côte s’éloigner, dans ses bras l’abandon tranquille à ses baisers salés. Difficile retour du dimanche soir, seulement apaisé de baisers chocolatés. Je me suis étrangère, délicieusement étrangère et en pleine possession d’un corps qui ne réclame plus qu’Al.
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J’avais apporté une bouteille de champagne à beau-papa, laquelle fut dégustée le dimanche midi, avant le copieux déjeuner précédent notre départ. Après le restaurant avec ses potes, le jeudi, quelques bars et une nuitée en boîte, Al et moi nous sommes égarés entre couette et draps froissés au lieu de rouler illico vers Dinard comme nous l’avions prévu avec l’inconscience parfaite des enivrés. Al a pourtant géré les verres, y compris les dix tequilas d’affilée sous l’œil goguenard de ses potes qui n’eurent pas le plaisir de le voir broncher. Sa main serrait un peu plus la mienne, sur le zinc nos Kiss Cool à avaler prestement avant l’entrée en boîte, contact soyeux de la cravate sur mon front. Le groupe s’est délité au moment d’entrer en boîte. C’était drôle de retrouver l’endroit où Al et moi nous étions retrouvés la première fois. Quand je reprends ma respiration après chaque brasse, on dirait que je souffle « crap ! ». Quand je m’enduis les ongles d’huile, M. vérifie la composition du produit avec une moue dubitative. Quand je bois en boîte, c’est de l’eau glacée, et F. me taquine quand je lui rapporte un verre d’eau rempli de glaçons, alors que sans doute le type est gay et que ça n’a rien à voir avec ma peau dégoulinante de sueur. J’aime les membres qui glisse dans l’eau javellisée, les miens sont semés de bleus, la nuit Al remarque que ma peau a encore un goût chloré.
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Non pas qu'un épilogue grandiose eut été de trop à ce récit trépidant, mais un train m'attend qui m'emmène en Russie. Rather say dans la petite communauté russe recréée à la pointe de la Bretagne (indice : la ville au taux pluviométrique le plus désespérant du monde). D'où la bouteille de vodka sifflée cette nuit avec Al pour oublier que je pars et introniser le bal de la russauterie. J'ai les pieds en sang. Les pupilles fardées d'un voile de fatigue extatique. Les poumons encore lourds de la fumée d'un cigare fumé hier soir. Au lieu de la breizh-électro-transe à laquelle une amie nous avait convié, Al et moi avons décidé de parfaire nos envies de patachons, avec vodka du bison et energy drinks à foison. Sous le poirier en fleur, cigarettes écrasées sur les dalles étincelantes, soupirs d'aise et conversations volubiles, à jouer les adultes : politique-nouvelles du monde-littérature-cinéma. Bref, la Russie m'attend en la personne d'une nouvelle héritière à visiter. Et je sens que le trajet ne me sera pas plus reposant qu'un transsibérien Moscou-Pétersbourg.
















