Une vie d'ébauches

Histoire de voir où contes de vies ravagées et drame d'amours ravageurs peuvent mener.

16 octobre 2009

Neophiliac.

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(Ellen Gallagher)

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Du café dans le chocolat chaud, du Lambrusco pour que les débats littéraires dérivent de Proust à Dostoïevski en passant par Cerca.

« Pourquoi insistez-vous sur cette frénésie euphorique de votre … ? ». Peut-être pour ne pas parler d’hystérie. On est parfois confronté aux êtres les plus insondables qu’il soit. Ceux qui ont peu reçu et se sont interdits de posséder. Qui entretiennent une sorte d’ascèse masochiste et réfrène leur fringale de saisir ce qu’ils méritent. Petite je construisais une cabane sous la couette. Je pensais que c’était peut-être l’équivalent miniature des cages exiguës des adultes. J’étais propriétaire et exclue, tenant beaucoup à ma misérable cabane (je l’imaginais sordide quoique le moelleux de la couette et mes rêves de princesse aurait pu me faire envisager différemment la tanière) si dépeuplée. La frénésie euphorique n’en est peut-être une que si on la compare aux phases de prostration, très cycliques mais toujours imprévisibles. Mystérieusement tragiques : comme le retour d’un mal enraciné mais fleurissant parfois d’illusions comme autant de cache-misères. Que dire alors de la détresse de celui qui voit, quand son acuité lui fait croire qu’il éprouve à son tour ? Ce malaise millénaire vicie l’air et étouffe l’observateur confronté au malade qui après-tout, ne fait que survivre à la mort. Mais il y a les sursauts d’hilarité. Rien à voir avec une autodérision salvatrice. C’est le pur narcissisme triomphant de la victime sure de son droit à souffrir et à disséquer son malheur à n’en plus finir. Et alors on assiste aux scènes les plus tristes : une joie fébrile jouée sur une scène vermoulue, un acharnement à ressusciter l’opulence pourtant refusée.

Je ne fais plus de cabane sous la couette. Je range soigneusement ma penderie repeuplée de lingerie affriolante et de fringues bien plus sages. Et on me dit que ce rôle d’araignée que je suis loin d’avoir refusé m’a fait chercher tour à tour des mouches innocentes ou mygales plus effrayantes que la peur que je m’inspire. Peut-être que la force de manipulation, à supposer qu’elle existe, opère d’autant mieux que l’on ne se rend pas compte que les autres ne sont pour nous que des pantins. On se croit, avec une mauvaise foi insoupçonnée, la grâce d’un prestidigitateur qui donne vie à l’inerte, qui donne sens à l’existence de ceux qui lui servent de moins bien noble façon. Parfois, je les vois pour la première fois. Dans leur singularité qui m’anéantie. Leur indépendance que j’avais refusé jusqu’alors. Et au final je songe ne m’être leurrée que pour ne pas me sentir abandonnée. Et la toile qui les emprisonnent irrémédiablement se balance au vent d’une désillusion cruelle. Je dois les manger. Ou me persuader que j’ai perdu l’appétit. Et laisser la proie à bestiole moins empêtrée dans l’entrelacs de ses pensées contradictoires.

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