31 octobre 2009
Stairway to H.
- Un rideau multicolore tombera sur la scène des nuits fauves.
- Il n’est pas bien somptueux, le rideau.
- Les nuits, sans doute, l’étaient, somptueuses.
- Il n’est pas du rouge cochenille des beaux drapés à l’antique.
- La lingerie de soie et de dentelle, incarnate, donnera le change. A présent il nous faut un héros noble et beau.
- Le danseur prodigieux donnera le change.
- (exalté) Et elle ce sera la gourdasse qui trépigne ! perchée sur une chaise bancale.
- ( sombre et mesquin) Evidemment, il faut bien une gourdasse. Capricieuse et futile.
- En cela elle vaut bien Hélène, dirais-je volontiers. Et non sans sarcasme !
- Evidemment, il faut bien une simili-Hélène.
- Mais tout ça reste un peu cheap. Rideau de coton, héros malgré lui, gourdasse insipide… Ajoutons quelques petites mésaventures épicées qui parachèvent le sordide à défaut d’élever ce propos à quelques hauteurs T.S. Eliottiennes. Quoique ce Ti-es était un peu plus chiant que nous, à bien y réfléchir, soit dit en passant et tout à fait entre nous !
- Evidemment, corser cette vétille n’est pas moins difficile que nécessaire.
- Et inversement.
- Vice-versalement, il y aura un petit personnage qui passera pour anodin mais ne le sera pas moins. Que je sois pendu si cela ne fait aucun sens ! A trop tricoter le sens, on fricote avec l’insensé, c’est humain !
- Je t’interromps, sale bonhomme. Sachant que le héros a certes enfoncé la tringle mais laissé tomber le rideau… L’inachèvement… doit se poursuivre en micro-drame que la gourdasse vivra comme une tragédie sans pareille. Quoiqu’il ne me déplairait pas que cette tragédie ait sa pareille au plus vite.
- La gourdasse qui se croyait choyée des dieux…
- … Faisons-la descendre de cette chaise bancale !
- Et que le sol soit inégal !
- Si bien que toujours elle trébuche !
- Et éventuellement ou pareillement, elle devrait recevoir le châtiment divin via quelque radiateur taquin.
- Jaune, cette fois.
- Et crasseux, si possible.
- Et elle est habillée, cette fois, si ça lui arrive.
- A vrai dire elle l’est à peine et l’excuse d’astiquer la salle d’eau ne tient pas la route, à notre avis…
- … à mon avis aussi ! Au tien aussi ?
- … disais-je : elle tente le diable.
- En l’occurrence c’est seulement un radiateur.
- Qui lui laboure le dos statiquement. Avec onomatopée préliminaire (un cliquetis métallique)…
- … et petit cri de minette effarouchée ! post-mortem et a posteriori !
- Sûr que c’est une minette : elle aime Bob l’Eponge.
- Une minette arrogante qui ne pense même pas « oh trop chou ce Bob » mais « que d’intertextualité dans ce dessin animé ! Voyez ce radeau de la méduse revisité ! Ce Magritte recréé ! »
- Toujours n’est-il pas souvent que, comme Bob l’Eponge, le radiateur est jaune.
- Bob n’est pas crasseux. Le radiateur, si.
- Elle, la gourdasse, s’est douchée et parfumée, la gourdasse, pour se dévoyer salement, la gourdasse !, dans la lecture d’un vieux barbant. Mais elle est encore légèrement vêtue et ne trouve rien de mieux à faire que d’appeler sa roue de secours sur pattes.
- Il a déjà roulé à sa rescousse ?
- Il la déjà secouée pour quelle roule jusqu’à la mer. Ce qui donne sensiblement le change.
- Va pour le jeune homme serviable ! MIMONS !
- Mimons mimons mimons doncqueuh ! Mais soyons éphémères sinon brefs, puisqueuh les paroles des gredins ne nous intéressent, dieu merci, que très peu !
« Alors ma p’tite libellule a fait des bêtises !? » (polo fluo qui gigote parce qu’il est pris d’un rire narquois)
(Oui bon les gourdasses ne détestent pas les surnoms à la mesure de leur niaiserie)
(Souvent il y a de l’aveuglement universel)
« Si tu trouves une solution, je fais péter le cocktail ! »
(Elles achètent, il arrive, des, parfois, innocents bambins, comme ça)
(Et à vrai dire c’est à défaut de pouvoir soudoyer leur père qui se saoule au champagne à Nice)
(En somme ça pourrait être scandaleux si ce n’était pas strictement intéressé)
- 3 planches, 6 dictionnaires et une ficelle plus tard, le garçon a la situation en main.
- Et la gourdasse se bouffent les siennes. A croire qu’elle se fiche de sa manucure toute fraîche et se soucie d’un vieux radiateur sénile.
- Est-ce elle ? L’angoisse ?
- … « qui pince la corde ombilicale de la vie. » Je ne crois pas que la gourdasse connaisse Artaud mais de toute façon il l’envoie au diable, le brave homme !
- Je ne saisis rien. Gageons que le cocktail sera plus propice à quelques velléités énonciatives.
- Enonciatrices.
- Ou autre. En tout cas il fera un bon héros complet genre garniture bonus, le basilic sur la mozza, le tapis de yoga sur la médiocrité spirituelle des égarés !
- Et la gourdasse le pressent parce que parfois même les gourdasses ont cette chance d’avoir une riquiqui intuition salvatrice que leur souffle une once de lucidité que la midinetterie n’aura pas encore étouffée.
- Etouffons ou saoulons cette lucidité ! Les cocktails sont sucrés et le babil des rescapés vaut bien une preste conclusion.
Moralité : une gourdasse doit rester une gourdasse pour qu’un héros ait sa raison d’être. La partition de la gourdasse est simple, on l’a dit : caprices et futilités. Le héros ne joue pas la symphonie, il la maltraite. Et alors les cocktails n’ont pas goût de médiocrité, ce qui constitue le mystère de cette moralité.
29 octobre 2009
Schemes. Quelque chose d'enchâssé.
« Brooklyn we go hard, we go hard » (Jay-Z feat Santogold)
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Retour de la jeune fille d’en haut. Ca faisait trois ans qu’elle s’était volatilisée dans les méandres spongieux du souvenir, ou élevée à d’autres clartés contrastées.
Quand est-elle revenue ? Peut-être quand je suis allée à la boulangerie, sur les coups de 17 heures, les paupières encore gonflées de sommeil, l’allure faussement assurée, à très grands pas et mimant l’arrogance des minettes qui snobent les passants. J’ai vacillé au « bonsoir ! » lancé par la boulangère : non, je me levais tout juste, ce ne pouvait être qu’un « bonjour ! ». Hagarde, je suis rentrée, et le danseur prodigieux sortait du bain. Il avait un grand sourire radieux des matins qui n’ont pas déchanté. Par deux fois, des petits déjeuners orgiaques, à faire fondre du chocolat pour le tartiner sur les croissants, avec le plein soleil sur nos visages d’enfants pas sages. On s’est promené dans les parcs et la jeune fille d’en haut était là, qui m’avait suivi depuis la boulangerie et voulait m’attraper. Les feuilles roussies craquaient sous ses souliers du désespoir. Elle murmurait l’égarement. Elle pinçait nos joues embrasées par autre chose que le petit vent frais d'un automne ensoleillé. Elle retenait le danseur prodigieux par un pan de sa veste en velours côtelé sans qu’il se rende compte de rien. Elle voulait qu’il danse encore et rire de mes regards de fille traquée, à droite, à gauche. Je la vis dans le reflet de mon verre, sur l’éclat nacré de la peau du danseur prodigieux.
La jeune fille d’en haut
Jusqu’à la lie
Absorbe les promesses sensuelles
Admire les prouesses des mondes insoupçonnés
Attends des nouvelles de l’absurde.
Je sens son goût du sacré qui afflue dans mes mains et les fait retenir le visage du danseur prodigieux. Quand il me serre dans ses bras, n’est-ce pas elle qu’il retient de sourires en soupirs ? J’ai peur qu’elle soit de retour, que ce soit l’automne foutraque d’un grand n’importe quoi sans doute orchestrée par quelqu’un qui s’ingénie à me cacher la partition. J’aurais beau dire que je ne sais déchiffrer la clé d’ut, il ne me montrera aucun signe, si énigmatique puisse-t-il être. Ce ne sera que flou ruineux et plaies béantes. Pépites sacrées et abandon ornemental.
Le danseur prodige a esquissé encore quelques pas, puis s’en est allé.
La jeune fille d’en haut n’en est que plus présente.
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Ensuite, l’aimé est arrivé. Devant un festin de sushi, sur le canapé étendu, et moi qui dansais avec la jeune fille d’en haut : Brooklyn we go hard, we go hard. Et puis j’ai chassé la jeune fille d’en haut. Du wasabi dans les yeux, une giclée de sauce soja sur ses globes qui se gonflent de larmes qui jamais ne couleront. Un pas chassé, un petit lock comme réminiscence de la période hip-hop, quelques contorsions, sentir les muscles se raidir, tournoyer, lovée dans le plaid élimé, une valse insensée qui puisse conjurer les mauvais sorts que jette la jeune fille d’en haut sur ses sœurs perdues. L’aimé a goût de chocolat. L’aimé a soupçonné l’occulte et l’a traqué sous les pans moelleux du rideau, celui du spectacle de nos amours. Je me rejoue la scène, ce matin, sans y voir la jeune fille d’en haut. Elle n’a pas oublié ses souliers sur le tapis, cette fois. Aussi est-ce sans doute l’espoir futile qui surpasse l’idylle et donne chair et saveur à l’amour dédaigné et pourtant si ancien déjà, si neuf encore, si prometteur toujours.
23 octobre 2009
Incube
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Au programme des hostilités/festivités, il y a déjà eu quelques conférences craquignolesques : Azouz Begag, fabuleux.
Une au sujet du lyrisme dans la poésie d’Emily Dickinson (excellente quoique la conférencière soit dotée d’un charisme de mouche morte).
Et puis du théâtre, avec enfin ! la Danseuse Malade et l’énigmatique Jeanne Balibar dans cette mise en scène déroutante que j’ai peut-être aimée.
Ce soir commence un certain mini-festiv électro que je risque d’aller voir ne serait-ce que pour Mondkopf découvert sur le tard. Ne serait-ce que pour la jolie reprise de ces petits prodiges : Hey you, ça s'appelle.
Demain, retrouver mon amour. Donc talons vertigineux, bas un brin rétro et autres lingerie de prestige. Donc roquefort papillon et délicieusetés diverses.
Dimanche, accueillir le garçon en transit entre son école de co parisienne et sa ville natale pour quelques jours de marrade confidentielle. C'est-à-dire : calfeutrés, devant moult chocolats chauds fumants et débats fameux.
Tout ira très vite, il faudra quand même ficher la presse, lire beaucoup et peut-être passer interviewer un élu lors du week-end qu’Al et moi passerons à Dinard (depuis le temps !)…
Bref, on délaisse le club des vacances fiévreuses, on joue la dame, et on clame haut et fort que ça nous plait mignonnement.
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L’inconstante se fait une raison : elle crée le débordement d’un battement de cil, le dézingue d’un soupir exaspéré, l’idolâtre au creux de son iconoclasme belliqueux. C’est une revanche. Sur son impuissance répétée. Elle en fait son credo des jours mornes où seul l’empressement recèle quelque grandeur minuscule. Elle se bouche les oreilles jusqu’aux tympans saturés du hurlement dans les nuits fraîches. On lui disait : ne crois pas aux miracles. N’est-ce pas un miracle que de n’avoir pas écouté l’injonction répétée encore et encore ? Le miracle, c’est peut-être ça : être encore quelque chose qui bouge et essaie de réfléchir. Quelque chose qui trébuche. Quelque chose qui tâtonne même en pleine clarté. Quelque chose de maladroitement ajusté à l’alentours. Quelque chose que l’on poursuit. Et lui m’a retenu. Je n’ai qu’une excuse : il m’a supplié sans grâce et imploré férocement. Et puis soudain, il a dit des choses justes qui m’ont horrifiées. Quand je suis horrifiée, je suis conquise. Horrifiée du trop-plein et adepte de saturations zébrées, je n’ai pas cédé : j’ai voulu.
21 octobre 2009
Tomber raide dingue de brunettes.
. . . Je me sens seule parmi la foule. Je mange peu. Dors peu. Vis quelque part entre agonie et frissons délectables. Je suis déjà morte et encore agonisante. C’est nulle part, tout ça. Et loin quand même. Les manigances me font gerber. Je voudrais crever de culpabilité. De ma culpabilité et de celles qu’ils n’ont pas. Vomir cette incertitude du meilleur à venir et cette éternelle déception. La vacuité, à vomir. Crever du trop-plein, éructer le sordide, abhorrer l’abondance, refuser la médiocrité du squelettique, adorer l’excès. Déçue et décevante dans une robe à paillettes. Etre sobre et ivre. Abandonnée et étouffée. Muette et volubile. La douleur qui suinte et que lamentablement je désinfecte encore et encore. Punching-ball chéri, je boxe et cogne mes pensées morbides. Chiennes fidèles. Je suis une salope du néant. Infectée, épluchée. Entailles mentales, visualisées sur mes cuisses. Infectée de paroles, de bruits, de silences. Epluchée. Tout me rappelle à mon inadéquation fondamentale. Indifférence salutaire et mortifère. Flouer les acuités. . . .
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Je hais les insomnies. Je revois le canal boueux. L’aurore grisâtre. Trop peu couverte. Salie de larmes. Le canal boueux, les herbes grasses, la pluie fine et pas assez glaciale. Le foulard qui glisse sur mon cou. Le canal boueux, l’aquarium, le déchirement qui a duré des heures et des heures, la résignation plus douloureuse que la perte. Je revois le canal boueux. Je revois la cuvette d’émail blanc souillée du liquide noir et épais. Je revois le corps immergé dans le bain, la mousse blanche et légère sur le corps strié de meurtrissures sanguinolantes, les zones empourprées, leur périphérie jaunissante. Et avoir oublié comment c’était arrivé, comment ça avait commencé. Je revois tout ça. La stupeur, l’hébétement à chaque coup. Les excuses empressées. Les insultes. Je revois le dédain universel. Je revois comment peu à peu je me suis construite dans le mépris, construite un beau masque, une belle expression hautaine. Je revois tout ça à chaque fois que ma respiration haletante devrait cesser.
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Samedi je retourne aux pacotilles. Je retourne aux dîners champagnisés, je quitte les pulls trop larges, j’enfile une robe ceinturée, je déguste risotto et macarons, j’observe le vin avec la petite moue experte que je connais mieux que le-dit nectar, je retourne au pays des mirages. Je remets les œillères, j’écoute parler de finance et glisse un commentaire bien senti d’Allais comme un pauvre pied de nez dans la mare stagnante d’une suffisance dévastatrice. Et j’oublie tout ce que j’ai revu : un verre de trop et ça ira.
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[Battant - the XX - Karen O des Yeah Yeah Yeahs]
16 octobre 2009
Neophiliac.
(Ellen Gallagher)
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Du café dans le chocolat chaud, du Lambrusco pour que les débats littéraires dérivent de Proust à Dostoïevski en passant par Cerca.
« Pourquoi insistez-vous sur cette frénésie euphorique de votre … ? ». Peut-être pour ne pas parler d’hystérie. On est parfois confronté aux êtres les plus insondables qu’il soit. Ceux qui ont peu reçu et se sont interdits de posséder. Qui entretiennent une sorte d’ascèse masochiste et réfrène leur fringale de saisir ce qu’ils méritent. Petite je construisais une cabane sous la couette. Je pensais que c’était peut-être l’équivalent miniature des cages exiguës des adultes. J’étais propriétaire et exclue, tenant beaucoup à ma misérable cabane (je l’imaginais sordide quoique le moelleux de la couette et mes rêves de princesse aurait pu me faire envisager différemment la tanière) si dépeuplée. La frénésie euphorique n’en est peut-être une que si on la compare aux phases de prostration, très cycliques mais toujours imprévisibles. Mystérieusement tragiques : comme le retour d’un mal enraciné mais fleurissant parfois d’illusions comme autant de cache-misères. Que dire alors de la détresse de celui qui voit, quand son acuité lui fait croire qu’il éprouve à son tour ? Ce malaise millénaire vicie l’air et étouffe l’observateur confronté au malade qui après-tout, ne fait que survivre à la mort. Mais il y a les sursauts d’hilarité. Rien à voir avec une autodérision salvatrice. C’est le pur narcissisme triomphant de la victime sure de son droit à souffrir et à disséquer son malheur à n’en plus finir. Et alors on assiste aux scènes les plus tristes : une joie fébrile jouée sur une scène vermoulue, un acharnement à ressusciter l’opulence pourtant refusée.
Je ne fais plus de cabane sous la couette. Je range soigneusement ma penderie repeuplée de lingerie affriolante et de fringues bien plus sages. Et on me dit que ce rôle d’araignée que je suis loin d’avoir refusé m’a fait chercher tour à tour des mouches innocentes ou mygales plus effrayantes que la peur que je m’inspire. Peut-être que la force de manipulation, à supposer qu’elle existe, opère d’autant mieux que l’on ne se rend pas compte que les autres ne sont pour nous que des pantins. On se croit, avec une mauvaise foi insoupçonnée, la grâce d’un prestidigitateur qui donne vie à l’inerte, qui donne sens à l’existence de ceux qui lui servent de moins bien noble façon. Parfois, je les vois pour la première fois. Dans leur singularité qui m’anéantie. Leur indépendance que j’avais refusé jusqu’alors. Et au final je songe ne m’être leurrée que pour ne pas me sentir abandonnée. Et la toile qui les emprisonnent irrémédiablement se balance au vent d’une désillusion cruelle. Je dois les manger. Ou me persuader que j’ai perdu l’appétit. Et laisser la proie à bestiole moins empêtrée dans l’entrelacs de ses pensées contradictoires.
05 octobre 2009
Smart kids.
« Je ne suis pas sage, je suis très cruelle, mais nul homme n’enrage, car je suis très belle. »
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vs
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"Make it take it" (Amanda Blank)
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La petite, elle a un peu vieilli. Rien de sérieux, rien d’impardonnable. Ce rictus, parfois, dont elle ne se soucie pas. Elle ne choie rien d’autre que la futilité à toute épreuve, l’insouciance feinte sans grâce et se farde d’une élégance toute artificielle. L’aimé aurait pu se noyer dans la lumière verdâtre du second aquarium, le plus grand, qui trône dans le salon. Le ronronnement de la pompe dans le silence assourdissant de la nuit, puis les cris, les tirades, le sordide. Et quand ils ont vieilli, les petits cons qui s’étaient pris pour des dieux ont cessé de narguer les mortels de leur amour insolent et sublime. On a dit à l’impudente : ce n’est que symptomatique.
Ils ont défié la précarité et le scabreux, et puis sans être sûrs de leur triomphe, les voilà remontés sur l’Olympe sans y être invités. Discrètement, ils ourdissent mille projets fous et téméraires.
Bien sûr, ces escarpins ont le talon tranchant. Et ils maigrissent un peu vite. Et ils assurent qu’ils n’ont peur de rien. Et ils sont abrutis d’une ambition qui les consume plus vite que leur avidité ne peut les faire avancer. Mais ils savent. La démesure, c’est de la dynamite. Qu’explose le grotesque et n’apparaît plus qu’une gloire qu’ils n’ont pas usurpé, tout juste théâtralisé, avant qu’elle s’incarne tout à fait.
La petite est rusée, qui tend des pièges aux amants en espérant qu'ils ne tombent pas dedans.
















